En rentrant d'Astaffort, jolie petite ville du Lot et Garonne proche d'Agen et dans laquelle le Gers
avait spectaculairement quitté son lit j'ai écouté l'émission de France-Culture "Du côté de chez soi"
consacrée à la "tyrannie de la beauté" de notre époque.
Un trajet d'une heure et demie que je n'ai quasiment pas vu passer.
C'était un programme passionnant (hormis l'intervention d'un biographe amoureux de son sujet,
Michel Foucault dont l'oeuvre et les pensées n'avaient pas beaucoup de rapport avec le thème
abordé) et qui mettait de façon intelligente en lumière l'un des aspects les plus grotesques de
notre époque.
Une femme qui a étudié le sujet parlait de "morphophobie" en évoquant des personnes perdues
pour la psychiatrie et persuadées d'être disgracieuses au point de se gâcher leur propre vie.
Un autre aspect de la beauté ou de son contraire était évoqué (dont j'ai oublié le nom savant):
celui qui concerne le sentiment qu'on a que les personnes en surpoids sont faibles et sans
volonté et donc un peu responsables de leur sort.
La prime à la beauté, dans les recrutements entre autres était évoquée et illustrée par la politique
RH d'une chaîne américaine de vêtements* qui ne dépasse pas la taille 38 et ne recrute que des
"modèles" qui correspondent à cet idéal. Il était précisé que le mépris affiché des 95% de la
population adulte qui n'entrent pas dans des vêtements de cette taille 38 s'étaient retourné contre
ces apprentis sorciers lorsque les médias se sont rebellés et que la compagnie avait essayé de
redresser son image.
Autre point abordé: le fait qu'on n'accepte pas un jugement de valeur raciste par exemple mais
que personne n'est choqué si l'on dit de quelqu'un qu'il est moche ou gros, voire pire.
La culture (Oscar Wilde, le dandysme) et le Cinéma (la Belle et la bête de Jean Cocteau) étaient
évoquées pour illustrer ce que l'intervenante a qualifié de recherche de l'impossible: que des
femmes soient minces de partout tout en ayant des fesses et des seins imposants et que des
hommes soient minces aussi tout en ayant une musculature de supermen.
La nature n'a pas prévu de telles formes et, si quelques un(e)s y parviennent exceptionnellement
c'est pour une période courte et ça n'est pas sans conséquences.
Le nourrisson se tournerait d'instinct et fixerait plus longtemps les "beaux" visages.
Il a aussi été dit que la beauté est un accélérateur d'études et de carrières et l'explication qui en
a été donnée était incontestable.
Il est vrai, quand on y réfléchit, qu'il faut une bonne dose d'inconscience pour essayer de se
forger ce corps improbable alors qu'à tout bout de champ les mêmes vous vendent de l'alcool
et des nourritures industrielles qui ont l'effet inverse.
Pour une Beyonce ou un Georges Clooney combien de personnes "normalement constituées"?
Un spécialiste des séries américaines a montré, à travers l'analyse comparée des types
féminins qu'elles mettaient en scène comment on s'affranchissait petit à petit de cette
obligation d'être beau et de correspondre à des archétypes "Sex and the city", "Nip & Tuck"
et "Girls" donneraient ainsi la preuve de cette (salutaire) évolution.
Terminant sur une note très optimiste le présentateur a démontré que les "télé-crochets" de la
télévision s'affranchissaient de cette dictature de la beauté et que les vainqueurs étaient
souvent des personnes au physique hors norme.
En une heure d'émission (disponible en podcast) un tour d'horizon sur une question beaucoup
moins anecdotique qu'il n'y paraît.
* Abercrombie
