Parce que j'ai cité un prénom entier ou donné des clés qui permettaient à une
personne de se reconnaître on m'a gentiment mais fermement demandé de
rester neutre dans ce blog et de ne pas donner d'informations qui permettraient
d'identifier des particuliers dont je pourrais, ici ou là, être amené à parler.
C'est ce qui explique les **** après l'initiale du prénom ou du nom lorsque je cite
un ou une proche.
Personnellement je trouve cela inutile et ridicule si je pense au nombre réduit
de mes lecteurs mais je ne veux me fâcher avec personne et accepte la remarque.
J'évite donc de parler de personnes qui pourraient en prendre ombrage et je
résiste à donner des détails crus sur ma vie (ou celle de proches) -bien que
ce soit ces posts là qui explosent les scores d'audience- parce que j'ai un reste
de pudibonderie (je ne dis pas pudeur à dessein) et que je m'exposerais à
ces mêmes critiques.
Et pourtant...
J'ai lu récemment, presque d'affilée, deux livres d'Emmanuel Carrere*, un écrivain
bien considéré et qui ne fait l'objet d'aucune critique négative malgré un
exhibitionnisme sentimental, sexuel et mental dont je n'oserais pas copier ne
fût-ce qu'une page.
Voilà un homme de ma génération qui décrit sa libido en long en large et en
travers, qui décrit ses névroses en de longues digressions sans fard et qui
vampirise sa famille et ses femmes sans la moindre retenue.
Qu'on me comprenne je ne le critique pas de le faire (au contraire, j'admire sa
liberté) mais je m'étonne que ses livres ne soient pas parfois vus comme une
sorte d'exhibitionnisme littéraire. (Ce qui n'enlève rien à leur qualité, je le
précise).
Ce qui est admis pour un écrivain ne peut-il l'être pour un apprenti novelliste?
Les coucheries, les masturbations, les orgasmes et les jeux érotiques de
celui qui est publié en Folio seraient-ils d'une essence spéciale qui les
exempte de cette retenue qui est imposée à ceux qui ne font pas "commerce" de
leurs propre vie?
La chose publiée nimbe t'elle l'auteur d'une aura de respectabilité que n'aurait
pas l'article de journal ou le post d'un blog?
Pire, et c'est là que je veux en venir, les coucheries d'un écrivain seraient elles
admises et respectées parce que venant d'une "source autorisée"? les secrets
de famille des uns auraient droit de cité alors qu'il faudrait surtout taire ceux des
anonymes?
L'époque est à l'exhibition et aux "sex-tapes". Normal que les écrivains ou les
cinéastes se sentent obligés d'étaler leur libido et ses bizarreries (sans
bizarrerie une libido n'intéresse personne) à pleines pages ou sur grand
écran.
Mettre sa sexualité ou ses sentiments sur la place publique n'est pas mon
propos et, quand bien même je le souhaiterais, je n'y parviendrais jamais.
Mais je suis, je le confesse, un peu agacé lorsque je lis que "sur Internet les
gens se lâchent" , phrase dont le mépris est sous-jacent.
Beigbéder, Carrere, Nothomb, Weyergans et tant d'autres; on accepte.
Quelqu'un d'inconnu et qui maîtriserait moins les règles de grammaire et
celles des milieux littéraires on refuse.
Emmanuel Carrere "D'autres vies que la mienne" et "Un roman russe".
Dans ce dernier roman une certaine "Sophie" a dû souffrir mille morts de
lire le compte rendu clinique de sa relation avec l'auteur, quand bien même
il aurait changé son prénom.
PS: vu "Inglourious Basterds" de Tarentino. Je suis passé à côté de ce
(très mauvais) film et pour la seconde fois à côté de ce génial metteur
en scène. Ce n'est pas difficile j'ai cru à une blague tellement c'est
mauvais.
