Lorsque je faisais mon "service militaire" (en fait le larbin gratuit des officiers surpayés)
je me révoltais souvent contre l'indécence des raisonnements et de la vie militaires.
Ayant déjà pas mal lu sur les "exploits" de l'armée, de Waterloo au Chemin des Dames et
de Sedan (1870) à Sedan (1940) je trouvais que l'armée était bien peu modeste eu égard
à ses résultats.
J'avais été affecté à une caserne près de Mulhouse et celle-ci abritait l'aviation légère de
l'armée de terre.
Les hélicoptères, quoi.
Comme les entreprises civiles les établissements militaires raffolent des sigles et des
abréviations. J'avais donc été affecté sur une base du CISALAT.
Une planque absolue où les journées se passaient, pour les "engagés" à faire en sorte
que les journées défilent vite et que les "appelés" apprennent qui étaient les maîtres.
Autorisations de sorties annulées à la dernière minute, permissions ajournées,
"manoeuvres" idiotes et inutiles programmées à 8H00 le lundi quand les soldats du
contingent rentraient tout juste de week end etc etc.
Si, dans le civil, les emmerdeurs sont nombreux et efficaces ils sont ridicules comparés
à leurs homologues galonnés.
Dans le domaine de la vacherie et de l'arbitraire jamais je n'ai rencontré, de toute ma vie,
autant de spécialistes chevronnés que pendant cette année de service militaire.
Ayant une bonne tête de gagnant et à l'époque une personnalité des plus pusillanimes
je n'ai pas souffert plus que ça mais ai été témoin des véritables tourments qu'une
assemblée constituée uniquement d'hommes peut infliger à d'autres hommes.
Catherine m'avait laissé entendre que la pension dirigée par des bonnes soeurs,
joyeuseté qu'elle a endurée de longues annés, était assez sympathique dans son
genre. Dont acte.
Revenons à nos officiers et (pas) gentlemen... Ces messieurs pilotaient des hélicos
et le faisaient d'autant plus volontiers que l'essence ne leur était pas comptée.
Ce qu'ils affectionnaient le plus étaient les "vols de nuit" qu'on devait suivre en étant
debout dans une prairie, assis dans une "Mehari" ou dans un camion-ambulance
pendant des heures.
Spectacle auquel je préfèrerais presque un Zénith de Bigard. C'est dire!
Lors d'un de ces vols de nuit un hélico se trouva en difficulté et chuta sous mes yeux.
Il s'écrasa par terre et on sortit des hommes en piteux état des débris des appareils.
Le capitaine L*, parmi eux, était un des plus abîmés.
Ce n'est rien de dire que son caractère et sa personnalité n'entraînèrent pas une vague
de commisération pour lui. Au contraire...
Ceci se passa au premier tiers de ma présence en Alsace. Le Capitaine revint, un peu
déglingué, peu avant que je quitte enfin l'uniforme.
Il a quand même eu le temps de montrer que son caractère et sa personnalité ne
s'étaient trouvés améliorés en rien de cet accident qui l'avait conduit si près de la
mort.
Ca m'a servi de leçon: je ne crois définitivement pas que les coups du sort ou la maladie
peuvent transformer une mauvaise personne en bonne (et réciproquement).
Et, d'instinct, je fuis les militaires, qu'ils soient redevenus civils ou qu'ils en aient simplement
pris l'apparence. Je dirais même que j'ai un flair pour les débusquer et qu'ils me déplaisent
toujours autant par leur raideur, leur certitude d'être "le sommet du panier", leur ridicule
piété spectacle, les prénoms de leurs enfants et leur rigidité politique et sociétale.
