Si "Astérix" fait partie du patrimoine de notre pays c'est pour une grande part à René Goscinny que
nous le devons.
Le dessinateur, Uderzo, n'arrivant (à mes yeux) que très largement derrière. (les grotesques épisodes d'Astérix qu'il a signés seuls sont à ce titre éloquents)
Dans le même registre, Tabary (qui vient de mourir) et qui dessinait "le grand vizir Iznogood" n'était pas vraiment l'auteur de la célèbre bande dessinée: bien qu'il s'agisse d'associations de talents, il était déséquilibré et se répartissait plutôt à 80/20% qu'à 50/50%.
Pour Lucky Luke le rapport était semblable: Dès que Goscinny a cessé de produire l'humour a fui.
Il n'y a guère que Sempé ("Le petit Nicolas") et Gotlib ("les Dingodossiers"...) pour rétablir un semblant d'équilibre entre la qualité du texte et celle du dessin.
Oublié aujourd'hui Goscinny a été un humoriste génial, un créateur au sens strict du terme et un homme qui transformait en or tout ce qu'il touchait.
Les meilleurs Astérix (Les Normands/Les Bretons/Le combat des Chefs) sont de lui, les Lucky Luke les plus drôles (Calamity Jane/Le juge/Alerte aux Pieds Bleus) on les lui doit, ainsi que mille autres choses drôles, spirituelles, surprenantes et érudites qui toutes, venaient de lui.
Je crois qu'on peut, en le lisant et en le relisant, retrouver l'humour disparu d'une France qui n'existe plus. Le Pays, en plein essor des "30 glorieuses", a un rire décomplexé et recherché que l'on ne retrouve plus aujourd'hui.
La crise est passée par là, la prise de conscience des dangers du monde (pourtant les années 60 n'étaient pas un lit de rose: salaires, guerre froide très tendue, guerre du Vietnam, menace atomique....) s'est faite plus prégnante et le rire est devenu soit grinçant soit il est retombé au stade anal (pipi-caca façon Bigard).
Il y a, entre le Goscinny du "Viager" (film de Pierre Tchernia dont il a écrit le scénario) et un sketch de Bigard puisque j'en parle ou une chronique de Stéphane Guillon un abîme que rien ne saurait combler.Je ne dis pas "c'était mieux avant" je constate que nous nous sommes aigris et que ce qui nous fait rire n'est plus du tout en rapport avec ce qui le faisait autrefois.
La mort du dessinateur Tabary m'a remis en mémoire une série de planches dont le "pal" et l'empalement étaient les fils conducteurs. De toute une série de jeux de mots sur ce sujet un " je dirais bien quelque chose mais j'ai l'impression que ce n'est pal moment" me revient.
Tabary et Goscinny étaient humoristes et visionnaires: Iznogood-Sarkozy n'est il pas enfin parvenu à prendre la place du Calife Haroun el Poussah-Chirac?
