J'ai été plus touché que je ne l'aurais cru par cette réflexion de Joey Star à propos de Henri Salvador. Sa phrase possédait la classe du personnage (en substance : "Salvador et son humour de nègre colonisé me donnait envie de gerber") mais, en y repensant, elle pouvait se comprendre et même se justifier.
Pour des blancs bien blancs comme ma famille et moi Salvador était un crooner à la belle voix, qui chantait les îles et la douceur, qui certes "faisait l'idiot" ("Nini petite souris", "Zorro est arrivé", "juanita Banana", "les aristochats"....) mais avec une gaité communicative, un clown parfois irrésistible (le seul homme déguisé en femme que j'ai jamais trouvé drôle) et un homme qu'on imaginait gentil et simple.
A sa mort le concert traditionnel et obligé d 'éloges n'a pas pu empêcher d'entendre des sons discordants et le portrait s'est un peu figé mais est resté largement positif.
J'imagine que pour un Antillais, un noir, un métis l'image que Salvador renvoyait de lui n'était pas aussi positive et que certains qualificatifs ("Oncle Tom") devaient venir aux lèvres et que ses pitreries ne faisaient guère rire de ce côté là.
Je n'avais jamais pensé à cela et je peux comprendre que certains aient reçu comme une offense Salvador déguisé en métisse languide, les sketches de Michel Leeb, les caricatures publicitaires ou cinématographiques et, en fin de compte, l'image artificielle et "colonialiste" qu'on véhiculait, peut-être à l'insu de notre plein gré.
Ce Joey Star, pour une fois, a soulevé un lièvre utile.
