Pourquoi tatouer son corps puisque le temps se charge de le marquer et de le rendre plus unique encore bien qu'il reste universel?
En 1982, amoureux de Catherine et ne voulant pas manquer un voyage en Lozère avec elle j'ai négligé une fracture du petit orteil droit. Celui-ci s'est ressoudé tout seul comme il a pu et il est de travers désormais; dans certaines chaussures ajustées il me gène.
Comme me gène une autre très légère déformation du pied due à une pierre que mon père m'avait lancée dans un ruisseau alors que je l'agaçais. Je devais avoir une douzaine d'année et cette marque invisible mais indélébile me rattache à celui que j'ai été.
Je possède aussi une cicatrice visible sous le genou droit et une sur le côté droit (encore!) du crâne. Lorsque l'on me faisait la coupe règlementaire au service militaire elle se voyait nettement. J'ai songé parfois au crâne rasé mais le mien, cabossé comme un vieux casque, serait laid.
Sur le ventre une cicatrice aussi se trouve qui date de Pra-Loup en 1967. J'étais tombé lors d'une promenade avec mon frère et la blessure a laissé une trace bien visible.
Dans le dos, sur l'omoplate une trace reste d'un gros bouton que seule la pénicilline réussit à vaincre alors que j'étais adolescent.
Ces deux dernières années j'ai apporté, sans le souhaiter, des modifications à mon enveloppe charnelle. 9 points de suture au front et au nez ont eu le bon goût de ne pas trop s'y imprimer mais les traces sont cependant visibles selon l'éclairage et les réactions de la peau.
Enfin une légère opération récente du genou droit (toujours) a apporté deux petites cicatrices nouvelles à ce corps qui est le mien et qui ne disparaîtront plus, comme je le crains dans mes récentes mais tenaces insomnies la douleur et le fait de boiter, Ô légèrement mais boiter tout de même...
Si j'observe maintenant les modifications invisibles mais présentes dans mon corps il y a ces concrétions calcaires dans le canal déférent et les traces d'entorses répétées sur mes deux chevilles.
Et, qui sait?, les premières atteintes ou les atteintes discrètes du mal qui m'emportera fatalement.
Compte-tenu de mon âge et de ma vie je m'en sors plutôt pas mal et j'aimerais que mon âme soit aussi peu marquée...
