Lancé en 1978 le "Figaro Magazine" est un complément du quotidien à vocation universelle. Je veux dire par là que le tourisme, la littérature, la politique, les arts, les spectacles, les loisirs et tout ce qu'un magazine contient le "Figaro magazine" le contient. Avec une spécialité tout de même: tout est vu et analysé sous le prisme d'un regard de droite affirmée (aujourd'hui on dit "décomplexée"). Cette droite affirmée partage souvent les idées du Front National mais plus élégamment énoncées. Par exemple chez les premiers on dira "Les immigrés dehors" et chez les autres "On est chez nous". "Pas d'enfants pour les gouines et les PD" deviendra "nous sommes contre la PMA" etc.
Dès l'origine le supplément du quotidien de référence de la bourgeoisie giscardienne a donné le ton: on accueillait des plumes à particules, des "humoristes" mais de droite, on y célébrait des écrivains du même bord et on reste entre gens bien élevés, le genre plage de la Baule ou le chalet à Mégève. On soutenait Giscard puis, Mitterrand élu, tout ce que l'opposition avait de moins nuancé.
Au "Fig-Mag" on a des valeurs et ce sont celles du CAC 40, du libéralisme et du 8 ème arrondissement de Paris. Comme tous les journaux de combat celui-ci a ses bêtes noires (et "Mitran" fut longtemps la principale) qui, peu ou prou vont des communistes aux verts en passant par tous les courants du PS. Là c'est l'enfer et rien de bien (idée, projet, réalisation) ne peut en émaner. Evolution: On ne dit plus "les "socialos-communistes" mais "la gauche redistributrice".
Les dirigeants de ce magazine sont tous des personnes aux positions politiques peu nuancées: de Louis Pauwels (dont on se rappelle le "Sida mental") à Serge Dassault et Etienne Mougeotte (celui qui fit rimer TF1 et télé-Sarko). Des hommes tout d'une pièce et que jamais n'effleure le doute. Les 35h, le social et les aides diverses sont assimilées à l'horreur absolue définie par le mot assistanat.
Au "Fig-Mag" on préférera toujours Jean d'Ormesson, Yves-Marie Rouard et le prix Nobel de littérature Patrick Modiano. En politique Laurent Wauquiez est la perfection: un look "Invalides-Boulogne" et des positions politiques proches de celles de l'avionneur propriétaire de la marque "Figaro".
Alors, et c'est là où je voulais en venir, Donald Trump est difficile à accepter. Mais, c'est un milliardaire, un hommes d'affaires, un homme qui ne respecte que l'argent et la violence sociale alors on peut -avec des pincettes- en faire un exemple.
D'où cette couverture tellement "Fig-Mag" où, sous une photo du plus vulgaire et grossier Président jamais vu dans une démocratie il est écrit: "Trump: Et s'il faisait le job?".
Car voilà, Président des Etats Unis c'est un métier et il est normal que ça revienne à un homme d'affaires qui plus est milliardaire. (sous-entendu "et pas à un métis sorti de nulle part"). Ce titre dit aussi que la sauvagerie des propos qu'a tenus Trump depuis son investiture par le parti républicain est celle que le Fig-Mag emploierait s'il n'était policé par le bon goût Français mais qu'il pense au fond.
Le mépris du peuple, la misogynie revendiquée de Donald Trump, l'esprit de caste, l'amour de l'argent, l'exhibition de ses bonnes fortunes, sont partagées mais discrètement. S'il fallait une image pour décrire l'état d'esprit de ce magazine c'est la file de gauche de l'autoroute dans les années 70: les DS, clignotant sur le pavillon, qui dépassaient, en faisant des appels de phares énervés, la piétaille qui les retardait.
plus qu'un journal, un état d'esprit.
