Dans la salle d'attente des urgences il n'est pas possible d'échapper à l'écran de télévision fixé en hauteur sur le mur principal. Le téléviseur est réglé sur BFM et la chaîne diffuse un journal interminable et en direct.
Daech vient de revendiquer l'horrible attentat de Nice et les journalistes de permanence vont broder là-dessus pendant toute l'heure et demie pendant laquelle la télévision a fonctionné.
Au bout de ce laps de temps un écran nous a averti qu'elle allait s'arrêter et lorsqu'elle l'a effectivement fait mes compagnons d'attente ont, avec moi, soupiré d'aise.
Une heure et demie de bla-bla inepte justifié par notre "droit à l'information". En fonction de quoi on a eu droit à l'interview sans intérêt de voisins du tueur, de politicards indignes (je pense aux deux locaux Eric Ciotti et Christian Estrosi dont les propos étaient scandaleusement réducteurs et récupérateurs), aux commentaires vaseux des "spécialistes" (car il y a des spécialistes de l'islamisme, des attentats, de la radicalisation religieuse et même des loueurs de poids lourds!) tous divaguant sur la pseudo-guerre dans laquelle serait engagé notre Pays.
Tout cela est stupide, irréfléchi, puéril, anxiogène et inutile. Chacun répète en boucle les mêmes choses et l'on sent, derrière toutes ces interventions télévisées, une volonté de faire du "spectacle", de dramatiser à outrance avec un évènement aussi effroyable qu'inexplicable.
Ces robinets à infos dont fait partie BFM TV ne servent strictement à rien et sont une métastase de la société du spectacle qui fait son beurre de tout.
Que nous importent les discours antidémocratiques décomplexés de ceux pour qui les attentats sont une aubaine? que nous importent les détails sinistres des blessures des uns et des dégâts psychologiques des autres?
Vraiment, je le dis sans hésiter, à rien. Cette scénarisation de l'affreux, ce spectacle du malheur sont une des tares d'une époque qui ne recule décidément devant rien.
