Mercredi 28 septembre en prévision de "l'horreur ferroviaire" que constituent plus de deux heures dans un TER entre Toulouse et Rodez j'ai acheté -ce que je ne fais quasiment jamais- le quotidien "Liberation" (sans doute à cause du titre sur Sarkozy qui me satisfaisait: "Ses amis, ses affaires ses emmerdes"... et du sous-titre qui me comblait: "Distancé dans les sondages Nicolas Sarkozy est rattrapé par une série d'accusations qui plombent sa campagne et son avenir".
Vendu au prix de 2€ ce journal, c'est mon avis, ne les vaut pas. Cependant, dans cet exemplaire, j'ai trouvé une excellente justification de mon achat. Une seule et qui n'a rien à voir avec le sujet de une.
Cette excellente raison est constituée par un texte traduit, sur deux pages pleines et publié dans la rubrique "Idée". Il concerne la paix qui se signe actuellement entre l’État Colombien et les Farc, une guérilla marxiste pure et dure qui existe depuis une cinquantaine d'années.
Ce point de vue est signé par un écrivain Colombien, Héctor Abad Faciolince dont le père a été tué en 1987 par les forces paramilitaires et le beau-frère kidnappé à deux reprises par la guérilla et libéré contre rançon.
C'est dire qu'il sait de quoi il parle.
Si l'on est un peu objectif la Colombie, pour le Français informé par la télévision Française c'est le pays de Pablo Escobar (que nos banlieues voient en héros, comme le Scarface du remake de De Palma), l'otage Ingrid Betencourt et les Farc. C'est limité!
Faciolince écrit sur les rapports de force entre l'état Colombien, les 3 derniers présidents, la guérilla (un fanatisme messianique l'animait dans la dernière religion du XX ème siècle, le communisme marxiste léniniste précise t'il) et le peuple.
Sa description de ce que vivait les populations -ça se résume à payer et être "protégé" par les forces paramilitaires ou payer l'impôt révolutionnaire et être "protégé" par la guérilla- plus on s'éloignait des villes et moins il n'y avait de choix. Dans les deux cas les bavures étaient nombreuses. Le bilan est de 45000 disparus et de 26000 morts.
Faciolince détaille les conditions de cette paix qui, naturellement, nous font nous poser des questions sur l'impunité, sur le châtiment, sur le pardon et, tout simplement, sur notre humanité.
L'auteur de la lettre reconnaît qu'il comprend ceux qui refusent cette paix mais il explique les raisons qui sont les siennes de la soutenir. C'est clair, généreux, et profondément intelligent. Comme sa conclusion :
"La paix ne se fait pas pour que règne une justice entière et complète. La paix se fait pour oublier la douleur du passé, pour diminuer la douleur présente et pour prévenir la douleur future".
