J'ai, avec les livres, une complicité qui remonte à loin. J'en achète beaucoup (trop) et j'en conserve un grand nombre pensant -de manière absurde- que s'ils m'ont intéressé ils pourraient intéresser d'autres personnes.
J'en ai même gardé quelques uns pour mes enfants en me disant qu'un jour ils les découvriront! Les petits enfants peut-être? (je doute qu'ils s'intéressent à Koestler!)
Au moment du divorce j'en ai revendu -à perte faut-il le préciser- une importante quantité et, déjà à l'époque, il m'était apparu surprenant qu'ils soient rachetés à si bas prix alors qu'ils coûtent si cher à l'achat.
Je constate qu'un simple livre de poche dépasse souvent les 10€ tandis que les autres bouquins voient cette somme doublée pour qui veut les acquérir.
J'en ai donc vendu, j'en ai donné et, pour me débarrasser d'autres que nous ne souhaitions pas conserver j'en ai déposé sur le trottoir, devant la porte de l'immeuble, que certains passants ont pris au fur et à mesure de leur dépôt. il n'en était pas resté.
(Evidemment j'en ai regretté certains et il y en a même que j'ai fini par acheter à nouveau.)
Depuis j'ai fait attention et ai considérablement modéré mes achats de livres. Mais j'en achète encore facilement 2 ou 3 par mois à qui il faut trouver un endroit pour récupérer, une fois lus.
Les livres ne m'envahissent pas (comme ils le firent dans l'appartement des Allées Jean Jaurès) mais ils commencent à coloniser le couloir d'entrée: c'est un signe; il va falloir faire de la place.
Tous les lundis au marché St Cyprien, carottes, pommes, poissons et charcutailles font relâche. A leur place s'installent des bouquinistes chez qui je largue régulièrement des billets de 5 ou de 10. Chez eux, les livres même défraîchis, même abîmés sont rarement à moins de 5€.
Les "beaux livres" (cinéma, arts, peinture, architecture, histoire...) se vendent autour de 30/35€ ce à quoi, jusqu'à ce matin, je ne trouvais rien à dire.
J'ai proposé ce matin, à un de ces bouquiniste chez qui je vais de temps en temps de venir chez moi et de me racheter, parmi mes livres, ceux qui pourraient l'intéresser.
Il s'est mis devant les étagères et a commencé une sélection qui m'a flatté: des livres auquel j'attache un certain prestige par la qualité du texte, la beauté des photos ou le sujet abordé ont été silencieusement sélectionnés.
Il a fait un premier tri, en 5 minutes, avec une pile de 5 ou 6 livres dont 1 ou 2 que je me souvenais avoir hésité à acheter neufs à cause de leur prix ("Manckiewicz" par Pascal Mérigeau ou "Histoire de la laideur" par umberto Eco) entre autres.
Il m'a proposé 20€ pour le tout! 20€!!!!!!!! J'ai évidemment dit non et, agacé ai raccompagné le malotru à la porte sans lui laisser la possibilité de regarder les autres bibliothèques et me donner une autre possibilité de m'humilier.
Du fait de la dématérialisation de la musique les centaines de CD que je possède ne valent plus rien. L'inondation de décembre dernier a abîmé certains objets ou meubles qui pouvaient avoir un semblant de valeur, les voleurs se sont servis dans ma cave et mes bouquins, donc, valent 20€ les 5 kilos.
Voilà une nouvelle preuve du désastre de mes "investissements". Au lieu de m'apprendre François Villon (je me souviens encore de strophes de "la balade du pendu") et la Guerre de Cent Ans, les 3 degrés de l'adjectif en latin, le théorème de Pythagore et les propriétés halochromiques du bleu de Bromothymol l'Education nationale m'aurait appris des rudiments d'économie ma vie en eut (peut-être) été changée.