On ne devrait jamais lire de biographies.
On ne devrait jamais lire des autobiographies.
Et pourtant on aime prolonger le tête à tête qu'on souhaiterait personnel avec un auteur, un acteur, un artiste, un savant, un musicien, un architecte, un scientifique, un peintre,
un homme ou une femme remarquable.Ou juste quelqu'un qui ose se raconter.
Récemment j'ai lu une biographie de Léo Ferré dont l'oeuvre est trop grande pour moi, que je ne sais par quel bout l'aborder et dont je sais qu'elle recèle des trésors.
L'auteur, un ami intermittent du chanteur, essaie de rester fidèle à son ami défunt mais en trace un portrait assez négatif. Ferré aurait été un homme faible, coléreux, de mauvaise foi, égocentrique et manipulateur...
Pas vraiment l'idée que je me faisais de cet homme qui a si bien su mettre en musique Apollinaire, Rimbaud (surtout Rimbaud), Verlaine, Aragon et d'autres.
Je n'ai pas lu le livre de la fille de Madeleine, la femme qu'il a aimé/détestée puis aimé détester. Les égouts familiaux ne m'intéressent pas.
Lorsque l'on est devant une biographie il n'y a pas cinquante possibilités: elle commence à l'enfance (et les souvenirs sont ce que la personne étudiée en a dit) et s'achève par la mort (et la personne étudiée n'en a forcément pas dit grand chose).
Entre les deux évènements la subjectivité, l'interprétation, l'idée que se fait l'auteur de son sujet, les légendes et l'air du temps composent un ensemble qui, s'il peut être plaisant, n'en est pas moins qu'un exercice littéraire convenu.
La fameuse "vérité" d'un homme (ou d'une femme) est, par essence, indicible et s'il est envisageable de s'en approcher nul ne peut prétendre l'avoir découverte dans sa globalité.
Découvre t'-on des clés pour comprendre une personnalité quand on sait qu'elle avait des insomnies, des maîtresses, des obsessions, des peurs ou des "tics"?
j'en doute un peu.
Si, autrefois, j'étais friand de ce genre d'ouvrages, je considère aujourd'hui qu'on en apprend infiniment plus sur quelqu'un en le lisant lui, dans son oeuvre, les livres connus comme les autres. En y réfléchissant même, je pense qu'il n'est pas nécessaire de connaître la vie d'un auteur pour aimer une oeuvre et même que celle-ci peut la desservir.
En réalité Mauriac, Picasso, Kubrick, Arendt, Barbara, Einstein, Nemirowski ou Brel sont plus intéressants par leurs oeuvres ou découvertes que par leur vie d'hommes et de femmes.
