Hier soir, en traversant une partie de la ville à pied, j'ai constaté que les publicités incluses
dans les abribus Decaux étaient chiffonnées et remontées tandis que des pages de couleur
numérotées donnaient au moins10 raisons de s'élever contre la publicité.
Les seules dont je me souvienne indiquaient que "la publicité nous fait, avec de l'argent que
l'on n'a pas, acheter des produits dont on n'a pas besoin", tandis qu'une autre disait en
substance que pour éclairer ces publicités des abribus il fallait l'équivalent de l'électricité
consommée par une famille de quatre personnes.
Ah! je me souviens aussi que la fameuse (parce que scandaleusement cynique, voire
totalitaire) phrase de l'ancien PDG de TF1 sur le temps de cerveau disponible était reprise
sur l'une d'entre ces affichettes anti-publicités et disait que, tous les jours, nous sommes
soumis à 200 messages publicitaires sous quelque forme que ce soit (prospectus,
affichage, messages radio, télévision, dans les transports en commun etc...).
Le chiffre serait supérieur pour les citadins.
Naturellement, comme tout le monde, je suis persuadé que ces publicités ne m'atteignent
pas. Pourtant, comme tout un chacun je suis bombardé par ces spots et ces messages qui
finissent par m'exaspérer par leur manque de retenue, la vision tronquée et factice d'un monde
qui n'existe pas.
Prenons un exemple:
Après un très long week end prolongé j'ai voulu regarder un (mauvais) film de Michel Audiard
"Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais...elle cause" diffusé sur une de ces chaînes
honteuses de la TNT, D8 pour ne pas la nommer. Après une coupure de publicités d'au moins
10 minutes j'ai éteint la télévision lorsqu'une seconde coupure s'est annoncée.
La sensation de se "faire avoir", d'être méprisé et de n'être envisagé que comme un simple
consommateur était trop forte et trop culpabilisante.
Ce monde que ma génération n'a pas su empêcher d'être sera, je l'espère, victime de ses
propres errements. Je ne peux imaginer qu'il se perpétue dans sa grotesque et sordide
dimension presqu'exclusivement marchande.
Mais je suis inquiet lorsque je sais que les jeunes s'engouffrent dans les écoles de commerce,
les écoles de journalisme* et n'aspirent qu'à entrer dans les "boîtes de com".
Encore une preuve de mon entrée dans le quatrième ou cinquième âge! ce refus de la pub et de
l'abrutissement qu'elle crée me vaudra peut-être la corde ou le fusil?
*Les grands journalistes ont-ils fait des écoles de journalisme? j'en doute fortement!
