En passant dire bonjour à une amie qui tient la plus belle, la plus grande, la mieux
fournie et la plus attirante boutique de fleurs de Toulouse et du Grand Sud Ouest,
j'ai observé avec amusement que je ne dois pas posséder cette fameuse "bosse du
commerce".
Comme à chaque fois que je viens la voir elle se plaint de n'avoir vu personne avant
mon arrivée (assertion démentie par une page longue comme la tête de Jospin
quand on prononce le nom de Ségolène Royal et qui retrace les ventes du jour) et
je ne suis pas là depuis trente secondes que c'est un défilé de clients qui trépignent
pour laisser des billets de 20 € comme s'il en pleuvait.
Il faut dire qu'elle fait fort. Avec des fleurs sans tiges, des trucs bizarres aux pétales
tristes (mais aussi des sublimes fleurs coupées) elle fait des bouquets splendides et
originaux.
La nature elle-même n'a pas pensé à assortir de telles formes et de telles couleurs.
Elle, si.
D'une simple et bête rose rouge elle vous fait un ensemble qui vous rend heureux
de ne pas l'avoir achetée chez la bouquiniste du boulevard où on n'aurait pas
manqué d'épingler "plaisir d'offrir" sur le vilain transparent enveloppant votre
misérable épineuse.
Et je n'exagère pas.
Cette amie, comme on dit, vendrait du sable aux sahraouis.
Nous nous sommes livrés à un petit jeu (discret dois-je le préciser?) elle et moi.
En voyant entrer dans le magasin les visiteurs nous nous demandions s'ils
allaient acheter ou repartir sans rien.
Résultat: elle a fait un sans faute et moi un strike d'erreurs.
J'ai beau connaître mon La Fontaine ("gardez-vous de juger les gens sur la mine")
je n'aurais pas vendu une jonquille si le magasin avait été à moi.
Mon amie, elle, pendue au téléphone, le nez dans un évier ou en train de rempoter
un citronnier jetait un oeil vers l'entrant et me disait: "il prendra un bouquet à 35€"
ou "Elle? un pot d'herbe à chats".... Et ça ne ratait pas!
Elle a un truc, j'en conviens, puisqu'elle connaît son marché et ses clients.
Mais quand même....Lorsque j'ai quitté le magasin, un clémentinier à l'agonie
sur les bras (de temps en temps je fais clinique soins palliatifs aux plantes) un
couple improbable père-fille regardait un jasmin cher et encombrant.
J'ai appelé plus tard pour savoir. Le jasmin avait été acheté.
Sans doute par esprit de jeu (ou est-ce du sadisme?) cette amie me pousse à
ouvrir un commerce moi aussi.
On trouve vraiment de tout dans mon ADN. Mais le gène du commerce de détail
je le cherche encore!
