Dehors il fait 2°. Et j'ai pressé le pas entre le Orlyval et les automates qui font les
cartes d'embarquement.
Il y a toujours un cadre en noir qui ne sait plus son numéro de carte d'abonnement.
Et une grosse dame habillée de façon ridicule qui s'empêtre dans les réponses
à donner aux questions de la borne.
Non! elle n'a pas d'objets contondants, de revolver, de flacon de plus de 100ml...
Enfin ça a été à moi. Trop tard pour l'avion précédent. Il me faudra attendre celui
d'après.
Je sens que j'ai chaud, que mon manteau m'encombre et que mon "cartable" pèse
2 tonnes.
Ces files idiotes. On n'est pas chez Disney. Quoi de plus grotesque que ces files
en zig-zag dont les parois sont un simple cordon? tout le monde joue le jeu.
Mêmes les hommes d'affaires dont je profite des navrantes coonversations, (de
la moitié de ces navrantes conversations puisque je n'ai ni les réponses ni les
questions de leurs interlocuteurs) respectent les files.
On évite de se regarder: la dimension cachée* joue à plein. On est trop près les uns
des autres.
Tout à l'heure je les verrai enlever leurs ceintures, retirer leurs chaussures, s'énerver
devant le portique qui sonne quand même.
Il faut poser nos affaires dans des stupides barquettes sales et pleines de cheveux.
L'ordinateur dans l'une, le manteau dans une autre.
Et sous le regard glacial et vaguement méprisant d'employés de sécurité qui nous
observent nous déballonner comme un troupeau sage.
On ne va pas à l'abattoir, on va prendre un avion mais on est respectueux des consignes:
le grand noir de plus de 1,90m me dit d'aller au bout de cette file je ne vais pas à une
autre. Pourtant celle d'à côté semblait aller plus vite.
Une femme, à côté, rouspète qu'on lui fasse enlever ses bottes. En mini-bas, comme ça
elle paraît vulnérable.
Toutes nos fringues paraissent sales, pelucheuses, humides. La pluie et la neige ont
terni les chaussures. Le troupeau épuisé, raccroché à son téléphone comme à une
bouée de secours, subit ces interminables tracasseries sans se rebeller.
Je ne peux m'empêcher de penser que la "fouilleuse de sacs", là, fait du zèle. Elle fait
semblant de nous respecter en nous demandant d'ouvrir nous même notre bagage.
Le tire-bouchon gadget que ma mère m'a donné et que j'avais oublié, complètement
oublié pose un problème. Une arme? mais c'est ma Maman, 80 ans qui me l'a donné...
Finalement, comme il est inoffensivement rangé dans sa boîte et que j'ai proposé à la
cerbère de le jeter on me laisse. Je repars en resserrant ma ceinture, vérifiant que j'ai
bien toujours ma carte d'embarquement, mes clés de voiture et ma menue monnaie.
Ce serait finalement plus simple s'il y avait des vols réservés aux terroristes: on
embarquerait sur les nôtres comme on entre dans le métro, le bus, le tram.
* "La dimension cachée" E.T Hall. un livre que j'ai lu il y a 100 ans mais n'ai jamais oublié.
sur la "bulle" entre nous et les autres.
