Je me souviens qu'ayant entendu une fois l'expression "goulag familial" je m'étais agacé de cette
formulation que je trouvais stupide et exagérée.
En prenant de l'âge je ne la trouve toujours pas pertinente mais comprends mieux ce que son
auteur voulait signifier.
Je ne parle pas de ces huis-clos familiaux où la terreur s'exerce (caporalisme, inceste, désamour...)
mais de la famille au sens large.
La mienne s'est progressivement disloquée faute d'élément fédérateur.
Nous sommes nombreux et chacun habite loin des autres, sur le territoire français.
Les occasions de se voir tous sont quasi inexistantes et la dernière remonte aux obsèques de mon
père.
Le reste du temps on se voit, de loin en loin, 2 par 2, reformant à l'occasion, les clans constitués
dans l'enfance.
On n'a presque plus rien à se dire et chaque fois un peu moins.
Ce n'est pas qu'on ne s'aime pas ou plus, c'est que le temps a étiré les liens en les réduisant
presque à néant.
Comme chacun reste figé dans une image de l'autre dépassée et que celle-ci ne se renouvelle pas,
l'envie de se voir a progressivent disparu.
Si je rajoute que nous n'avons plus de maison familiale où nous retrouver tous, que les cousins
s'ignorent depuis des années, que la "matriarche" se fout comme de l'an 40 de maintenir un lien
entre ses enfants on arrive à cette famille éclatée qui, lorsque j'y pense, me fait un peu honte.
La littérature regorge de familles passionnantes et de réunions d'icelles hautes en couleurs, le
cinéma a popularisé ces sagas familiales et, autour de nous, sans tomber dans l'idéalisation
un peu vaine, on voit des familles unies où chacun a à coeur de s'intéresser aux autres membres
de sa fratrie.
Ce n'est pas une fatalité que de sombrer dans l'indifférence ou le ressentiment: c'est une question
de volonté pour ne pas y sombrer. Chez moi on ne l'a pas eue.
Les "histoires", les brouilles, les incompréhensions et les non-dits ont tué la mienne et je le déplore.
J'ai beau penser souvent: "ça va s'arranger", "on va organiser une réunion de tout le monde" je sais
pertinemment que rien de celà n'aura lieu et que c'est à l'enterrement de ma mère que je verrais
l'ensemble de la famille et pour la dernière fois.
