Avant l'interruption de plus d'un an due au COVID-19 j'essayais d'aller au moins une fois par an retrouver la famille de mon fils à Montréal, au Québec. J'y restais le plus longtemps possible et essayais de profiter de ma présence pour bien connaître ses deux petits garçons. Notez en passant que le plus jeune d'entre eux fêtera ses 3 ans à la fin novembre, dans ces conditions la prise de contact aurait du être aisée...
Ce tout petit bonhomme possède un caractère affirmé et a noué avec sa maman un lien qu je n'hésiterais pas à qualifier de "privilégié". Bref, il paniquait dès qu'elle n'était pas dans son champ de vision ou qu'elle avait une activité dont il n'était pas le bénéficiaire exclusif. Son grand frère (tout est relatif, lui va fêter ses 7 ans) avait compris que le tyranneau passerait souvent avant lui et s'en était fait une raison.
Difficile d'approcher le plus jeune de mes petits fils: je n'étais qu'un vieil épouvantail qui tapait l'incruste chez lui, qui squattait la chambre de ses parents et qui riait et jouait avec son frère. Un gêneur.
Je tentais bien quelques travaux d'approche mais des pleurs ou des hurlements m'indiquaient que je m'y prenais mal. Une approche avec du chocolat blanc, des gâteaux, de la nourriture... rien n'y faisait.
Un jour, j'étais chez eux depuis une quinzaine de jour, la maman me demanda si je voulais bien garder les deux garçons pour la soirée. Le repas serait prêt et il n'y aurait "qu'à" les coucher. On m'expliqua comment alterner "Pat Patrouille" et un dessin animé sur les tracteurs, le "Grizzli et les lemmings" et un drôle de film animé où l'on démontait des jouets. On m'expliqua le brossage des dents, la lecture, les veilleuses, les doudous etc.
J'étais dans la cage du T.Rex. A peine la voiture des parents s'éloigna l'enfer commença. L'un renversa son verre sur le tapis du salon tandis que l'autre déréglait la télévision. Plus question de dessins animés. Leur installation est plus complexe que le réacteur de l'EPR. Une brosse à dents atterrit dans la cuvette des WC et jamais le dentifrice ne fut au contact de leurs petites dents. L'aîné, à ma surprise, montrait à son frère des bêtises à reproduire. Le canapé fut transformé en trampoline, le salon en décharge et le papy en loque hurlante, dépassée et désespérée. J'essayais la douceur, la colère, les cris, l'indifférence...en vain.
Le vieux n'avait encore rien vu. Le pire était à venir: le grand enfin couché (après un cirque infernal) le plus jeune se mit à pleurer, pleurer, pleurer, pleurer.....Les grandes eaux de Versailles. La mousson. Il s'écoutait pleurer et en rajoutait: spasmes, hoquets, couleur violacée. Rien ne m'était épargné. Mes bras étaient rejetés, mes appels au calme méprisés, mes suppliques ignorées.
Fatigué, contrarié, humilié, vaincu j'appelais ses parents qui m'avaient laissé le numéro de téléphone où les joindre, précisant qu'ils étaient à 20 minutes de là.
Quand il vit sa mère (mais je crois que le bruit de la clé dans la serrure eut l'antériorité) le petit cessa de pleurer, retrouva son joli teint rose et fit un sourire de soleil. Je compris dans le regard des parents que j'avais perdu tout mon crédit.

/image%2F1564652%2F20210909%2Fob_d0e662_moissac-mise-au-tombeau.jpg)