An askari was a local soldier serving in the armies of the European colonial powers in Africa.
Mouais.
Moyennant quoi, ce campement dans lequel j'étais avec P*** paraissait assez luxueux et destiné aux touristes. Situé dans le fameux Masaï Mara il était gardé par des askari armés d'arcs et de flèches... peu impressionnantes.
Nous ne sentions pas en danger, ni menacés par quiconque, hommes ou bêtes. Nous avions été secoués toute la journée dans un 4X4, allant selon un programme presque minuté, d'une harde de phacochères à des impalas, de quelques girafes à des zèbres en pagaille à deux rhinocéros taciturnes, d'impressionnants éléphants à des buffles plutôt paisibles sans oublier l'animal le plus malheureux de la création, le gnou qui est le plat de résistance de tous ceux que je viens de citer plus les crocodiles, les hyènes, les léopards, les lycaons et je dois en oublier.
Ah non! je dois me tromper. Personne n'a encore vu de girafe ni de zèbre "bouloter" un gnou... ça viendra bien un jour tant cet animal est le pourvoyeur en viande sur pieds (les siens) de la savane tout entière. J'ai entendu, sur le National Geographic, quelqu'un assurer qu'il avait vu un hippopotame, brouteur de verdure devant l'éternel, manger du gnou.
Je reviens à la Land-Rover. Secoués, nous l'étions, mais aussi brûlés vifs par une température à ne pas mettre un singe vervet dehors. N'oublions pas, pour faire bonne mesure, la poussière très photogénique qui enveloppait l'automobile et ses occupants, rendant la prise de clichés regardables complètement aléatoire.
Au campement, le soir, après un repas "local" (des côtes de phaco-phaco (sic) rôties-brûlées au feu de bois) nous sommes allés nous coucher dans un campement en dur avec salle de bains et eau courante. Nous ne voulions pas manquer les manifestations bruyantes des animaux à la nuit tombée et sommes sortis. Les fameux askari nous ont gentiment mais fermement déconseillé d'aller voir les hippos et les lions. Ils étaient d'ailleurs prévus au programme le lendemain.
Un vague grognement (enregistré? du chef de village découvrant sa feuille de paie?) se fit effectivement entendre. P***, toujours provocateur, demanda à deux askari loquaces ce qu'ils faisaient exactement. La réponse "We're protecting ya" le fit les défier.
- Vous voyez la porte, là-bas? et il ajouta dans un anglais digne d'Oxford: "tirez une flèche sous la fenêtre".
- Yes we can répondirent-ils en chœur, utilisant mais nous l'ignorions alors, la formule gagnante de Barack Obama, neuf ans avant qu'il n'en fasse son slogan de campagne.
Le premier, théâtralement, lève son arc, introduit la flèche et celle-ci évite la porte et celle-ci va se perdre dans l'immensité noire. Il allait courir rechercher son gagne-pain et sa dignité lorsque son congénère gardien lui fait signe qu'il va laver son honneur er se couvrir de gloire.
A son tour, il bande son arc, tend la corde, appuie la flèche, la décoche en sifflant et la perd dans les hautes herbes à 3 ou 4 mètres de la porte.
Avec de tels gardes nous pouvions remplacer le gnou au menu des carnassiers. Qui se sont abstenus; l'Européen étant une valeur sûre par ses devises plus que par son goût.