Dans une société où l'on explique tout, ou la rationalité est sans cesse invoquée je suis toujours étonné qu'on passe, depuis des siècles et des siècles, la différence de "besoin" sexuel entre hommes et femme par pertes et profit.
Naturellement je n'ignore pas que mon propos doit être nuancé mais une maintenant longue expérience de la vie me fait dire que les hommes ont un besoin impérieux très supérieur à celui de leurs compagnes, et ce quel que soit leur milieu social, leur éducation et leur relation de couple.
Notre côté purement animal ne se manifeste pas que pour la reproduction de l'espèce. La volonté d'atteindre le plaisir y est même bien plus importante que la procréation.
Il n'y a pas longtemps un ami m'a dit, sur le ton de la confidence: "Nous n'avons, elle et moi, rien fait depuis des mois." un silence et il ajoute: "des années". Je lui demande comment il fait: "j'aime ma femme alors heureusement il y a la masturbation."
Ce n'est pas la première fois que je surprend des confidences de ce genre ou que j'apprends que tel ou tel va "voir" ailleurs non pas par envie d'aventure mais pour réguler un besoin sexuel qui prend une dimension trop prégnante. J'ai même connu quelqu'un, T***, qui n'avait des maîtresses que pour le sexe. Sans aller jusqu'à DSK ce désir fait faire beaucoup de bêtises.
Hommes, au début de notre vie d'adulte, nous sommes nombreux à avoir pensé que nous étions victimes d'un excès de désir, d'un surplus de sève et que les choses iraient en diminuant. Or il n'en est rien. la pression du désir comme celle de l'envie nous taraude pendant une grande partie de notre vie et, lorsqu’enfin elle s'amenuise, voire disparaît, nous la regrettons. Qu'on en juge par les suicides d'écrivains ou au livre de Romain Gary "Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable".
A propos d'écrivain, le romancier Serge Rezvani m'a sidéré un jour en écrivant, noir sur blanc, que nous devrions, comme les vaches, pouvoir être "traits" (sic) pour pouvoir être efficaces. Je me suis demandé s'il était seul à oser dire de telles choses. L'image est choquante mais plus profonde qu'il n'y paraît.
La Religion, cette ennemie résolue du bien être sexuel, a figé les choses et imposé un couvercle hermétique sur le besoin et le désir. Besoin et désir qui sont deux choses connexes mais fondamentalement différentes.
La "fidélité", ce beau concept, est en réalité une prison acceptée, voire revendiquée.
Je ne dis pas que tout le monde a une sexualité défaillante, (qui suis-je pour le dire?) mais que, j'ai acquis la certitude que notre société va mal parce qu'elle réprime un fait naturel et avéré: une distorsion non négligeable existe entre la sexualité masculine et féminine et le fossé est rarement comblé sur la durée.
Nos lois l'ignorent, notre philosophie fait comme si, et ce fait qui peut aboutir à une carence ayant des conséquences considérables est négligé, quand il n'est pas nié. "Vous les hommes vous ne pensez qu'à ça", "tu as le même regard que les autres, je sais à quoi tu penses", "vous avez le cerveau au niveau du pantalon"... combien de fois entendons-nous ces phrases qui jugent mal un besoin trop évident?
Les féministes et d'autres censeurs critiquent cet aspect du désir mâle comme s'il était une carence d'éducation. Une incongruité langagière et comportementale.
Au XIX ème siècle on était moins hypocrite, il y avait les bordels pour les libidos fortunées. Preuve par l'absurde que le "problème" avait été appréhendé, même à minima.
On n'aborde pas ce sujet aisément en société mixte mais et entre hommes on ne le fait guère. Il n'empêche que j'ai plus souvent entendu plaintes et regrets du "manque" que du "trop".
Ma réflexion, je le vois, ne mène nulle part... je voulais en fait partager l'idée maîtresse: "on" n'est pas obsédés, on est "possédés".