Le cinéma d'art et essai "American Cosmograph" de Toulouse (ex "Utopia") diffuse des films exigeants pour un public qui ne l'est pas moins.
Si vous cherchez la comédie bébête avec des anciens faire-valoir de Canal + vous ne frappez pas à la bonne porte: pas de publicité (oui! pas de publicité) et des copies parfaites en V.O
Le film démarre à l'heure et aucune effluve de pop-corn ou de soda au sucre ne vous parviennent aux narines.
Un miracle que ce genre de salles existe encore. (mais, faut-il le préciser, elle est gravement menacée par les "autorités religieuses" de la ville à qui elle appartient et qui, sans doute, sont pressées de vendre l'emplacement pour qu'un promoteur y construise au plus vite des cages à rupins à 8500€ le mètre carré).
Nous sommes allés récemment y regarder le film Belge "Girl" du metteur en scène Lukas Dhont dont c'est la première œuvre.
Le moins que l'on puisse dire est qu'il n'a pas choisi la facilité: le film raconte quelques mois dans la vie de Lara, une jeune adolescente dont on apprend vite qu'elle est née Victor et qu'elle a entrepris le cruel chemin qui transformera le garçon qu'elle est encore en la fille qu'elle est de toutes les fibres de son âme et de son corps. Le personnage est interprété par un jeune comédien incroyablement juste qui est stupéfiant.
Lara est apprentie danseuse classique et son activité renforce sa détermination tout en multipliant sa souffrance et sa difficulté d'être.
Mises au courant par une remarque "criminelle" d'un professeur ses camarades féminines vont lui faire subir une humiliation dont la souffrance morale est épargnée à la plupart d'entre nous.
Le film ne s’appesantit pas sur le traitement hormonal et les modifications physiques autrement que pour que nous comprenions combien tout cela est difficile. Le psychologue est une personnalité positive, comme le père ou le petit frère de cette jeune "transexuelle" en devenir.
On est bouleversé par le visage de cette jeune femme si troublée et ce corps qui refuse de s'adapter. C'est bien joué, il n'y a aucun pas voyeurisme, les dialogues sont limités et justes.
Même la danse classique, qui me rase profondément et qu'on voit dans le film en répétitions n'est pas un frein à l'histoire.
Du beau cinéma!

