Difficile à trouver le livre "Le journalisme sans peine" de Michel-Antoine Burnier et Patrick Rambaud donne des clés irrésistibles et vérifiées pour comprendre et débusquer les travers habituellement constatés de la presse.
Ce livre date de 1997 mais son contenu est toujours d'une redoutable actualité. Toutes les manies, tous les "trucs de langage" et toutes les sottises d'un métier qui montre moins de rigueur envers lui-même qu'envers ceux dont il parle sont répértoriés.
J'ai cependant lu un livre "sérieux" (et je vois que je fais comme ceux que je critique en mettant un mot par phrase entre guillemets) pour voir si d'autres constats sur la déliquescence de ce métier de journaliste avaient été faits.
Il s'agit du livre "La langue des médias" de Ingrid Riocreux qui est sous-titré: "Destruction du langage et fabrication du consentement". (Edition L'artilleur).
Je précise que l'auteur de l'étude est agrégée de lettres modernes et docteur de l'université Paris-Sorbonne.
Agrégée de lettres modernes ne la qualifie pas plus que vous ou moi pour analyser le fonctionnement des médias et émettre des jugements lapidaires.
Ingrid Riocreux est en colère: trop d'anglicismes, trop de constructions grammaticales erronées, trop de familiarité, trop d'accent parisien émaillent le discours des journalistes.
Elle donne des exemples vérifiables avec lesquels il est possible d'être d'accord et d'autres avec lesquels il est impossible de l'être.
Elle voit dans le discours journalistique une prise de position "sociologique" qu'on pourrait traduire par idéologique. Ses exemples, s'ils peuvent être justes formellement, ne concernent que des sujets très marqués: les manifestations anti-mariage pour tous, l'IVG, les tâches ménagères dans le couple, la fille Le Pen etc.
Son livre est redoutable parce que l'on peut souscrire à certaines de ses remarques et être violemment opposé à sa pensée sur certains points.
Elle a raison, par exemple, de souligner que Patrick Cohen, face à Marine Le Pen, n'est plus journaliste mais "un adversaire politique déguisé en journaliste" mais se fourvoie quand elle insinue que les photos de Le Pen père sont choisies pour "qu'il ait l'air méchant".
Il est difficile de lui donner tort lorsqu'elle écrit que pour la population médiatique il y a des sujets valorisants et des sujets qui ne le sont pas. Le rapprochement avec les émoticônes qu'elle fait est particulièrement bienvenu. La Palestine un sourire, les agressions sexuelles de la Place Tahrir la gueule. Sa comparaison du monde des médias uniformes et des Schtroumpfs en territoire totalitaire d'où le langage intelligible est banni est amusante.
Sa "démonstration" serait crédible si elle ne se noyait pas dans des exemples douteux (Verner au lieu de Venner) et si ses exemples étaient moins connotés à la droite de la droite. Sa réflexion sur la photo de cet enfant syrien noyé sur une plage est abjecte.
Car tout l'ouvrage, cela s'impose au fur et à mesure qu'on avance dans la lecture, est articulé autour de la "défense" subliminale des gens d'extrême droite, des idées de l'extrême droite et des obsessions de l'extrême droite.
Ce tropisme, j'allais écrire ce déséquilibre rend inaudible les passages intéressants d'un livre partisan. Entre autre la fin du livre et le chapitre sur la mode (grotesque et hypocrite) du décryptage de la politique par les journalistes mais aussi du journalisme par les journalistes. C'est dommage parce que ces pages sont, justement, les meilleures parce que détachées de cette gangue de la pensée politique très droitière.
Sur les anaphores de François Hollande au cours du débat de l'entre deux tours de la présidentielle 2012, sur l'interview par Claire Chazal de DSK juste après l'affaire du Sofitel de New-York et plus encore sur l'interview lamentable de Frédéric Mitterrand par Laurence Ferrari elle est neutre, excellente et intéressante.
Je précise que j'ai emprunté "La langue des médias" à la bibliothèque municipale ce qui contredit les affirmations d'un tri idéologique des achats de livres qui serait opéré par les bibliothèques publiques (toujours cette vision du monde assiégé). .