J'ai quelques scrupules à taper encore et toujours sur ma tête de turc habituelle, à savoir la presse Française. Mais je me pardonne moi-même en me disant que si je la voue aux gémonies c'est parce que j'ai une haute idée de ce qu'elle pourrait et devrait être et aussi parce que je sais qu'au fond de moi c'était ma vocation.
Je crois que c'est Thierry Ardisson (!) qui m'a dégouté de ce métier avec une émission plutôt sympa du début des années 80 qui s'appelait "Scoop à la une". Le principe était, si je me souviens bien, de trouver le titre le plus "percutant" pour un sujet donné et deux équipes s'affrontaient.
Je crois me rappeler que plus c'était vulgaire, racoleur ou stupide mieux ça passait.
Il me semble que mes goûts, mes choix et ma façon de les exprimer n'auraient, de toute manière, pas été consensuels.
J'aimais, à cette époque, des journalistes comme Dominique Jamet ou Philippe Alexandre qui, si j'ai bonne mémoire, n'étaient pas des pisse-froids.
Donc je tape aujourd'hui sur un magazine, l'Obs de cette semaine, et sur un article qui est -à mon humble avis- l'un des plus consternants que j'ai lus depuis quelques années.
Il est consacré à Alain Juppé et c'est l'article (et la couverture) qui doivent déclencher l'acte d'achat.
Il y a d'abord une lecture à faire qui est hilarante: c'est de lire l'article en soulignant mentalement tous les mots, adjectifs ou expressions qui sont positifs, flatteurs, laudatifs ou même franchement lèche-cul. Ils abondent.
La deuxième lecture consiste à essayer de trouver du négatif. On est dans un hebdo "de gauche" (laissez moi rire!) et il est possible que quelques (é)lecteurs aient oublié l'appartement de la ville de Paris, la condamnation pénale, les manifestations de 1997 et la Thomson qui ne valait "qu'1 euro symbolique". Juppé semble être le second choix des socialistes dans le cas où leur champion ne passerait pas le premier tour des présidentielles de 2017 alors on passe très très vite sur le rappel de ces douces turpitudes. On évacue l'âge, la raideur du bonhomme, son passé exclusivement politique (que connaît il d'une entreprise lui qui n'y a jamais passé une semaine? que sait-il des banlieues? du radicalisme religieux, du hard rock? des super-héros? du monde du travail?) et on arrive au plat de résistance:
La juppémania ou supposée telle.
Autour de moi je n'ai entendu personne me dire qu'il attendait Juppé. Godot oui, Juppé non.
Qui l'article cite t'il pour démontrer l'appétit de Juppé des frémissantes masses roses?
- Georges-marc Benhamou. un des responsables de la "tontonmania" de 1988, le soutien de Sarkozy en 2007 qui a craché dans la soupe une fois le quinquennat achevé et qui se donne au plus offrant. En lisant "Globe" son journal de l'époque on avait l'impression de lire "la Pravda" soviétique en pire! le cu-culte de la personnalité mitterrandienne au paroxysme.
- Pierre Arditi, comédien certes gentillet mais bon, ce n'est ni Marlon Brando ni un penseur. juste un artiste de second plan qui joue des pièces de boulevard et des films confidentiels.
- Eric Orsena, auteur de livres vendus par l'éducation nationale ou offerts aux pays francophones, ancien mitterrandiste de choc en mal de courtisanerie.
- Alain Minc. Qui a successivement soutenu Giscard, Barre, Chirac, Leotard, Madelin, Balladur, Sarkozy et donc Juppé. Ludion médiatique il est comme le furet de la chanson. Un bilan d'homme d'affaires nul et une crédibilité proche du zéro.
- la belle-fille mélanchonniste d'Alain Minc. (authentique).
je crois qu'avec ces témoins de moralité Juppé est habillé pour 3 ou 4 saisons.
De tout cela il ressort que certains médias, les "décideurs" et certains politiques préparent leurs arrières. Pour que tout change en restant pareil l'énarque Juppé remplacerait l'énarque Hollande.
Avec Juppé et la délicieuse Isabelle on retrouvera une droite loden BCBG, la bourgeoisie tendance des Chartrons et on évitera la grossiereté Sarkozy qui incarnait trop le mauvais Neuilly, celui du clinquant et du langage mal maîtrisé.
"Ces Sarkozy, ces Balkany, infréquentables ma chère! je ne les voudrais pas dans mon chalet Philippe Starck de Méribel".
Personnellement je doute fort que les Français vont porter Juppé à l'Elysée. Ils sont si dépressifs, si en colère, si remontés contre la classe politique que je ne les vois pas voter pour un viel apparatchik RPR pardon UMP qu'ils voulaient pendre aux grilles de Matignon en 1997.
