A l'hôtel dimanche j'ai regardé à la télévision un documentaire* sur le "Grand
bond en avant" des années Mao en Chine et dont les historiens consultés
ont dit qu'il a entraîné la mort de 36 à 45 millions de chinois.
Arrêtez vous quelques secondes sur l'énormité reconnue de ce chiffre.
Il a été précisé, en fin du document, qu'un homme seul (Mao) est directement
responsable de cette hécatombe qui a fait le même nombre de morts que
l'ensemble de la seconde guerre mondiale.
(Il a été un peu aidé par le PCC parti communiste Chinois, naturellement).
J'ai eu une sorte d'illumination en regardant les images et en écoutant le
commentaire: Mao n'était pas un monstre et le communisme voulait vraiment
améliorer le sort des masses. Seulement ces masses étaient trop
nombreuses! On a vu des documents signés disant que si la moitié des
paysans mourraient l'autre moitié vivrait mieux.
Donc la famine n'était pas une catastrophe. CQFD
Les silos à grains pleins à craquer mais réservés à l'exportation et une foule
réduite à manger l'écorce des arbres ou à avoir recours à l'anthropophagie
découlaient du même raisonnement et m'ont renvoyé à d'autres lectures.
Le mépris absolu de la vie humaine, des relations parents enfants, de la
femme, de la sexualité et des relations sociales, en un mot de l'individu
et la violence institutionnalisés (que même Kroutchev réprouva!) m'ont fait
comprendre avec un effroi mêlé d'incrédulité, ce que je n'avais jamais
réussi à faire jusqu'ici, à savoir que Pol Pot, Ieng Sary et kieu Samphan au
Cambodge n'avaient fait qu'appliquer les recettes éprouvées du "Grand bond
en avant" et de "la Révolution culturelle" cumulés.
Le document ne parlait que de la Chine mais mon très vif intérêt pour son
petit voisin et "protégé"** m'a alerté.
Nous faisons fausse-route en jugeant les responsables cambodgiens pour
génocide: comment pourraient-ils accepter d'être condamnés pour la mort
d'1,5 millions d'habitants de leur pays alors que Mao reste idôlatré et est
l'objet, embaumé en son mausolée, d'un culte post-mortem qui ne remet en
question ni sa vie ni son action?
N'oublions pas les suiveurs qui applaudissaient en occident et le concert de
pleureuses qu'on a vus à sa mort en 1976.
Au Cambodge les Khmers ont appliqué les méthodes du communisme chinois
et, les mêmes causes produisant les mêmes effets, elles ont effectivement abouti
à la mort de 1 million et demi de civils au moins sur 7 millions d'habitants.
Sur une population réduite et dans un laps de temps équivalent les "élèves"ont
fait aussi bien (et même mieux puisqu'ils ont cumulé les 2 révolutions!!!!) que leurs
puissants voisins.
Puissants voisins qui, aujourd'hui encore, sont au pouvoir et ne renient pas
officiellement leur passé qu'ils s'obstinent à minimiser et dont ils refusent qu'il
soit abordé.
C'est en tous cas ce que doivent se dire les 3 vieillards sanglants de Phnom-Penh
et beaucoup de régimes montrés du doigt pour bien moins qu'un "Grand bond en
avant".
Rappelons nous toujours cette forte sentence qui veut que "si on ignore l'Histoire on
est condamnés à la revivre".
*("La Grand famine de Mao", FR5 28/10/2012)
** Sihanouk a toujours trouvé un accueil enthousiaste à Pékin et la Chine a soutenu
jusqu'au bout (et encore aujourd'hui) les Khmers rouges et leur régime.