Je regarde par la baie vitrée. Le temps est magnifique et un soleil triomphant
éclaire une zone industrielle si belle qu'on la dirait sortie des Sims. Je suis à
Vitrolles dans les Bouches du Rhône.
Arbres, immeubles de bureaux et entrepôts s'y partagent harmonieusement
l'espace.
L'aéroport de Marignane n'est pas loin et de très nombreux avions passent
au-dessus de nous, train d'atterrissage sorti, à l'approche des pistes. Le vent
soufflant fort mais dans un autre sens fait que je n'entends pas le bruit de
leurs réacteurs.
Des dizaines de camions longs comme des dimanches d'hiver vont et
viennent. Des camionnettes leur disputent les voies. Des voitures les imitent.
J'en ai vu une passer avec deux hommes parfaitement assis et vêtus de
la combinaison de sécurité jaune fluo: on aurait dit un jouet.
Quelques très rares piétons, souvent l'oreille vissée au téléphone, se
dirigent avec détermination vers la brasserie de la zone. Chacun est dans sa
bulle, chacun vaque et, je ne sais pas pourquoi, j'ai soudain pensé à une
ruche ou à une fourmilière.
Toutes ces voitures ayant leur seul conducteur pour passager, tous ces
camions pleins de marchandises, tous ces dépôts, tous ces bureaux , ne
travaillent-ils pas, eux aussi, pour la reine? (en l'occurence la reine Parisot
et ses pairs)? J'exagère, bien sur et Serge Dassault et ses collègues
ne ressemblent en rien à la reine des abeilles...
Des frelons asiatiques peut-être?
Les sociétés humaines, je vous l'accorde, sont plus complexes que les
sociétés d'insectes, mêmes évolués comme les fourmis ou les abeilles.
Cependant la comparaison m'est apparue comme pertinente... Disons
que nous ne travaillons pas pour une reine mais pour.... un ensemble de
rois et de reines!
Si on veut en rester au plan symbolique ces piétons qui s'arrêtent pour
échanger quelques paroles ne rappellent-ils pas la danse des abeilles par
laquelle elles se communiquent un beau parterre de fleurs? et tous ces
passagers juste sortis d'avions ne rejoignent-ils pas leur ruche pour y
apporter sa substantifique moelle?
On ne prend pas assez le temps de s'arrêter pour l'observer. On a tort. La
complexité de l'organisation de notre société est absolument passionnante.

