Au départ il y a, et c'est pour moi le signe de qualité, la signature de Jean-Claude Carrière au scénario.
Le film est signé Edouard Niermans -peu connu- mais le scénario est inspiré d'Arthur Schnitzler, signe qu'on est pas chez Dany Boon.
L'interprétation est datée années 90 puisque Fabrice Luchini et Elsa sont au générique.
La présence de Alain Delon et plus encore celle d'Alain Cuny sont gages de la qualité du film dont le titre est "Le retour de Casanova". (Casanova Heimfahrt).
Delon y est excellent même si, parfois, on a l'impression qu'il ne déprime pas que dans le film. Il y tient le rôle du séducteur Vénitien vieillissant et obligé de vivre d'expédients à un moment compliqué de sa vie. Son charme plaît moins, il connaît de véritables soucis d'argent et ne peut revenir dans sa ville natale qu'au prix d'une infamie (espionner pour le compte du gouvernement de la Lagune).
Il s'éprend ou croit s'éprendre, thème ô combien classique, d'une jeune femme qui le repousse et l'humilie. Plus elle se refuse plus il la désire, air connu!
La situation est d'autant plus surprenante que la donzelle, si elle est incontestablement jeune, fraîche et désirable, n'est pas d'une éclatante beauté et est de surcroît assez ennuyeuse.
L'amour...
Casanova-Delon est en butte aux réflexions désagréables ("sa chair est gâtée"), aux affronts ("vous représentez un monde que je veux voir disparaître") et donne une vision assez masochiste du célèbre séducteur. Delon reste encore séduisant dans ce film et on se surprend parfois à se demander pourquoi il a accepté de "bousculer" son image ainsi. Le voir vérifier son haleine ou dormir avachi est étonnant. Il est vrai qu'à l'époque des faits relatés l'âge du comédien était déjà canonique.
Carrière a été moins inspiré sur ce film: l'amour masochiste que lui voue une ancienne conquète est un peu grotesque et parfois absurde. La complaisance avec laquelle elle "conseille" Casanova pour séduire celle qu'il convoite difficilement crédible. Le rôle de son mari, complaisant aussi, ne l'est guère plus.
Il a eu la plume plus heureuse avec le personnage du jeune lieutenant interprété par Wadeck Stanczack: les joutes verbales, la jalousie, l'antipathie ambigüe qu'ils se portent et le revirement final sont très réussis.
J'ai beaucoup aimé le "marivaudage" des parties de cartes qui permet à Alain Delon de briller comme Charles Berling et Bernard Giraudeau dans le "Ridicule" de Patrice Leconte auquel "Le retour de Casanova" fait souvent penser (les personnages de Elsa Lunghini et Judith Godrèche étant assez proches).
Luchini fait du Luchini, sans modération mais plutôt intelligemment. Il est le valet de Casanova qui essaie de copier son maître et de le valoriser en toute occasion.
Un film rare et discret qui compte parmi les bonnes surprises du cinéma Français des années 90.

