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2 novembre 2020 1 02 /11 /novembre /2020 07:00

Annie Girardot était une actrice populaire dont le jeu ne s'embarrassait pas de vaines subtilités. Elle incarnait des personnages monolithiques qui plaisaient au grand public et donc peu à la critique. Elle avait commencé sa longue carrière avec le cinéma d'auteur et l'avait achevée avec des succès commerciaux exécrés par l'infra-monde des critiques cinématographique.

Sa filmographie contient quelques jolies choses ("Rocco et ses frères") et des nanars quasi industriels ("Dr Françoise Gailland", "Mourir d'aimer"...).

Dans "Dr Françoise Gailland" elle jouait un médecin confronté à son propre cancer. A l'époque de la sortie du film les télévisions faisaient la retape avec toujours le même extrait qui m'avait beaucoup frappé.
La cigarette au bec, Girardot en blouse blanche de médecin, regarde ses propres radios des poumons et distingue "quelque chose" dessus.

Un collègue médecin, plus jeune, entre dans la pièce et jette un regard rapide sur le cliché en disant (à peu près) : "Aïe, c'est pas joli-joli la tâche à droite". Nerveuse, Girardot dit que c'est un simple voile, une infection bénigne et s'entend répondre: "c'est naturellement ce que vous direz à votre patient(e)".

Là, Annie Girardot faisait la moue entre émotion et larmes contenues qui l'ont rendue célèbres et permis son succès et sa longévité.

Ce déni et cette subite compréhension d'un diagnostic destructeur étaient justes et convaincants. Le film était lacrymal et ennuyeux, démonstratif et "bons sentiments" mais l'extrait m'a longuement impressionné.

 

 

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30 octobre 2020 5 30 /10 /octobre /2020 07:00

Je ne sais pas si c'est spécifique à cette bonne ville de Toulouse ou si le même constat peut être fait dans toutes les villes de France et peut-être même d'Europe mais le fait est là: la grande pauvreté s'étale et nul ne peut plus l'ignorer.

En revenant de la Médiathèque j'ai croisé, sur le pont Pompidou (...) un homme en guenilles, sale, fatigué et, semblait-il, "au bout du rouleau". Ses jambes le portaient à peine et il avançait par habitude, allant sans doute aux toilettes de la bibliothèque. Mon cœur s'est serré devant une telle détresse à laquelle je n'ai même pas su apporter un regard humain.

Des distributions de denrées alimentaires s'organisent au coin des promenades, fréquentées par des personnes très différentes. On a du mal à imaginer ces personnes que rien ne distingue être dans une telle gêne. Devant les magasins d'alimentation les mêmes ou des jeunes gens vous abordent et sollicitent "quelques pièces de monnaie" pour manger.

Au feu rouge des silhouettes faméliques ne font pas autre chose.

Il y a aussi ces bergers de chiens qui nourrissent leurs troupeaux de chiens galeux et sales  dont les maîtres ne semblent ne pas manger à leur faim.

Mi-octobre et toutes et tous commencent à souffrir du froid. J'ai de la peine pour eux en songeant à toutes ces heures qui doivent passer si lentement. L'ennui, l'agressivité des passants et des autres, le froid, la faim, la soif, la saleté... un cocktail que je serais absolument incapable d'affronter.

J'ai l'impression qu'une des conséquences de la pandémie est justement cette paupérisation absolue des plus fragiles. Celles et ceux qui tenaient tout juste avant la crise se retrouvent sans boulot et les "minimums sociaux" sont trop étriqués.

Bien sur on s'habitue à ces silhouettes comme l'homme du pont mais on ne peut pas tout le temps "regarder ailleurs". Et cette réalité est difficile à affronter.

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29 octobre 2020 4 29 /10 /octobre /2020 07:00

Un couple d'amis connaît depuis vingt-cinq ans l'immense difficulté que représente parfois le fait d'être parent d'un enfant trisomique.

En grandissant J*** perd des acquis, se recroqueville sur un monde rêvé et ne s'adapte qu'avec difficulté aux changements intervenant dans sa vie. Dans sa bulle elle s'imagine être autre et arrive ainsi à accepter -plus ou moins selon les moments- sa condition d'handicapée.

Il faut dire que ses parents l'ont énormément soutenue pour qu'elle aille au bout de ses possibilités. Venant d'un milieu cultivé et aisé J*** parle un bon Français et s'exprime bien. Elle lit et va au spectacle, ce qui peut parfois la distinguer de ses coreligionnaires.

Malheureusement, comme je l'indiquais plus haut, en vieillissant, J*** s'aigrit, devient cassante et perd un enthousiasme qui l'a longtemps caractérisée. Pire, elle devient impatiente, agressive et sans doute malheureuse.

Elle ne se voit pas en handicapée -ou en trisomique- et ne comprend pas que les garçons ne s'intéressent pas à elle. Comme, parallèlement, elle est très "fleur bleue" et rêve de mariage en blanc et de princes charmants elle s'impatiente et s'invente une vie conforme à ses rêves. Elle s'isole, parle toute seule et sa monomanie ne peut échapper à quiconque la croise. J*** dévore les séries sentimentales exotiques et les rejoue dans sa tête mais moins silencieusement qu'elle ne le croit.

En train, en voiture elle saoule ses voisins et ses monologues exaspèrent vite. Sa mère était contente de souffler un peu en lui ayant trouvé un appartement en centre ville.  Ses voisins ont porté plainte contre elle et demandé son expulsion car elle les "dérange". Ils ont même ajouté qu'elle leur faisait peur et menaçait leur sécurité.

Il reste du chemin à parcourir pour que la tolérance ait un début de concrétisation.

 

 

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28 octobre 2020 3 28 /10 /octobre /2020 07:00

Dans notre beau pays où les journalistes sont interchangeables et meurent sur scène nous n'avons pas peur de donner des leçons de journalisme aux autres pays!

Même chose pour la politique: nous sommes à la limite des mœurs des fameuses Républiques Bananières mais nous nous insurgeons contre ce qui se fait ailleurs.

Nous détestons ceux que nous portons au pouvoir mais sommes épouvantés que Trump conserve une côte d'amour élevée tandis que nos 5 ou 6 derniers présidents étaient à la ramasse dans les sondages durant les 3/4 de leur mandat. Cinq mois après avoir été élu sur le thème de la fracture sociale Jacques Chirac tournait le dos à ses promesses de campagne... Trump est grotesque, dangereux, pitoyable et tout ce qu'on voudra mais il fait ce pour quoi il a été élu.

Je me répète mais avec Nicolas Sarkozy comme avec François Hollande nous n'étions pas loin des ridicules trumpiens.... Trump disait attraper les femmes par la ch..... Que faisait d'autre Dominique Strauss-Kahn qui fut, rappelons-le, idolâtré dans le monde médiatique d'ici?

Ce Donald Trump est un cas d'école ici. Il est unanimement voué aux gémonies ici pour de mauvaises raisons. Depuis des semaines on nous "bassine" avec les ventes d'armes à feu qui battraient des records, avec les suprémacistes blancs (qui rempliraient sans doute péniblement deux autocars), avec les Évangélistes, la Cour Suprême d'extrême-droite, les Qanon et j'en oublie tant la liste est longue de ce qui nous désinforme en flattant l'égo "progressiste" des journaleux bien hexagonaux.

Nos élites, nos médias qui ont été si complaisants avec de vraies dictatures jouent les résistantes face à un péril... qui n'existe pas. Trump est idiot mais ce n'est ni Hitler ni Staline.

Il y a quatre ans ils en pinçaient pour Hillary cette année ils veulent Joe (avec des pincettes toutefois). Des vieux chevaux de retour s'improvisent "spécialistes des USA" et l'on a même droit, veinards que nous sommes, à l'experte Ockrent.

Fantasmons sur "la guerre civile" ou sur "le refus de la défaite de Trump". Ca nous évitera de réfléchir à 2022 et à la possible arrivée de M Le Pen en tête au second tour.

 

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27 octobre 2020 2 27 /10 /octobre /2020 07:00

J'ai baissé les bras et renoncé à empêcher des bandits à s'introduire dans les circuits de MON téléphone pour l'espionner et lui imposer des choses que je réprouve.

C'est ainsi que MON portable dont je paie la facture d'utilisation mensuelle est un véritable cheval de Troie qui fait entrer subrepticement mes ennemis (oui, mes ennemis) dans mes affaires afin qu'ils en tirent des informations utiles pour eux.

J'entre dans des colères froides lorsque je constate que mes recherches sur Internet deviennent des publicités en rapport avec elles. Je le dis et le redis, je frémis en pensant à ce qu'une police inquisitoriale pourrait faire avec les informations contenues dans nos téléphones.

Lorsque j'évoque ce sujet on me répond en élevant un sourcil que je n'intéresse personne et qu'il n'y a pas mort d'homme si on sait que je projette d'aller en Grèce en mars prochain. On ajoute que ce n'est que de la publicité bien ciblée et qu'elle fait moins de mal à la planète que les vieilles pub touristiques d'autrefois. Si on le dit...

Je reçois tous les jours, sans être arrivé à le supprimer, un "fil d'actualité" qui m'exaspère. C'est une sorte de revue de presse qui me dit les dernières activités de Carla Bruni (j'en ai rien à f...), qui m'informe de l'évolution de la pensée de Bruno Retailleau, de l'actualité récente des Rolling Stones (!!!) et d'autres sujets aussi passionnants.

Lorsque je réussis à virer un sujet un autre, tout aussi insipide le remplace. Là où ça devient insupportable c'est quand on se rend compte qu'on est allé chercher une fois l'âge de Carla Bruni ou l'auteur de la pochette de "Black and Blue" des Stones. Ces recherches ont déclenché une action de me faire signe dès qu'on a une vague "actualité" concernant ces personnes. Voilà pourquoi aujourd'hui je me retrouve avec ce titre grotesque: "Carla Bruni-Sarkozy:"j'ai peur qu'on tue Nicolas". Elle a raison, on a bien tué Louis Barthou!!!

 

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26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 07:00

Il existe des restaurants touristiques (dont la définition exacte serait: "conçus pour soutirer un maximum de blé à des touristes pas trop regardants") sur tous les littoraux du pays et entre Sète et Gruissan particulièrement.

Nous avons découvert celui qui me préoccupe aujourd'hui en cherchant sur le wi-fi, dans la voiture, vers 12H30 alors que nous étions encore à trois quarts d'heure des plages. Il avait un nom anglais et Cannois à la fois qui inspirait le respect. Trip Advisor semblait sinon dithyrambique du moins assez laudatif et les " autres passagers de la voiture s'étaient soudain animés à l'évocation de "tapas  de la mer", "parillada de poissons" et autres "turbo".

Nos places étaient réservées sur la terrasse mais, malgré un franc soleil, il ne faisait pas très chaud en ce dix-huit octobre. Le service était... curieux. On nous jeta presque dans les jambes un tableau à roulette sur lequel au moins 50% des plats étaient recouverts de papier collant coloré et donc indisponibles. On était hors saison. En périodes COVID mais hors saison. On a immédiatement "su" que le repas serait épique.

Attente interminable, pain aux abonnés absents, citron distribué chichement, plats surgelés réchauffés, que de la "cuisine" industrielle servie, choix des plus réduit en vins... un repas cher (140 € à quatre) à peine passable et service inexistant. Et mieux vaut passer sous silence la saleté et l’exiguïté des toilettes.

Le turbo d'un des convives, quoi qu'affiché frais, semblait être un modèle reconstitué de la "galerie de l'évolution" du Muséum d'Histoire Naturelle de Toulouse! son œil glauque était fermé depuis bien longtemps! Quant à son goût, personne n'a voulu le tester.

Le choix des dessert était à faire entre l'inévitable "panacotta" et autres banalités sans imagination ni valeur ajoutée.

Il était plus de 15H00 quand nous sommes sortis, le cœur au bord des lèvres (c'est à dire avec envie de vomir!) délestés de plus de 35€ par personne pour un déjeuner que nous n'aurions pas accepté d'une cantine scolaire ou d'entreprise!

Je parierais que ces Thénardier méditerranéens ont critiqué les mesures gouvernementales pour sauver leur branche et ont donné de la voix sur "la mort annoncée des restaurants de France": ils n'ont pourtant pas besoin du COVID pour se saborder tout seuls.

 

 

 

 

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23 octobre 2020 5 23 /10 /octobre /2020 07:00

Ils me font doucement rigoler ceux qui ont plein la bouche du mot "culture" et qui l'évoquent à tout bout de champ et pour tout et n'importe quoi.

Ils nous prennent à témoin, quand ils ne nous désignent pas comme coresponsables des difficultés du "spectacle vivant" face au COVID-19. Or qu'y pouvons nous si les salles de spectacles sont la plupart  du temps couvertes et propices à la transmission du virus?

Avec la même véhémence que les propriétaires de bar ou les restaurateurs nous sommes tenus de compatir et de battre notre coulpe. Depuis le déconfinement je suis allé au restaurant plusieurs fois (et n'y ai pas trouvé l'atmosphère que j'aime y retrouver), au cinéma et au théâtre (et ai aimé les deux spectacles) donc je ne me sens pas coupable d'être à l'origine de la baisse des revenus de qui que ce soit.

Je reproche à ces gens de la culture de mettre tout  dans le même sac: le film de série B avec d'anciens animateurs de Canal + et des ex-Miss Météo et le film d'art et d'essai, le stand up d'un comique de l'année et un comédien qui rend hommage à un texte du répertoire, seul en scène, la pièce à 10 balles d'un sous-sous-café-théâtre et une adaptation d'Ibsen. Je ne parle pas de l'Opéra, du récital classique ou des expositions tant ils sont oubliés dans les pleurs des victimes culturelles.

Naturellement les médias joignent leurs larmes avec celles des acteurs du monde de la culture qui, il faut le reconnaître, savent faire pleurer les foules.

A longueur d'antenne on nous menace de faillite, de fin d'un monde et de perte de repères... Mais nous ne sommes pas partie prenante de ces hyper-privilégiés qui vivent comme des nababs, vont de gala en gala, de festival en concerts et drainent des foules énamourées et disposées à entendre les mêmes sempiternelles rengaines!

Le COVID-19 aura ce seul mérite qu'il a souligné l'égoïsme phénoménal des privilégiés de la société: les saltimbanques sont nos réels "privilégiés", au sens où on l'entendait à la Révolution Française.

 

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22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 07:00

Je terminais hier mon post en citant cette pauvre Charlotte Gainsbourg dont le seul talent est d'avoir été "la fille de.". J'ai vu, juste avant que le couvre-feu ne soit imposé, au joli théâtre toulousain "le Bijou", un spectacle musical consacré au Serge Gainsbourg de ses débuts, de 1958 à 1965, des albums "Du chant à la une..." à "Gainsbourg confidentiel". Pas la période la plus connue mais intéressante à plus d'un titre.

D'abord parce que l'écriture est là, dès le premier album. Un style est né, personnel et inimitable. Il chante à cette époque (contrairement au "talk over" qu'il utilisera ensuite) et s'il ne rencontre pas encore le succès les éléments de celui-ci sont déjà là: paroles provocantes et/ou à double sens, allitérations splendides, musique (du jazz en majorité) recherchée et chansons construites autour d'une idée. Gainsbourg maniait la langue Française à la perfection et il connaissait la musique!

Des titres comme "en relisant ta lettre", "l'eau à la bouche", "les femmes des uns sous le corps des autres" étaient déjà des joyaux qui ne déparent pas dans une discographie qui en comptera beaucoup (mais aussi pas mal de déchets*).

Le succès discographique n'a pas été immédiat et Gainsbourg a pas mal ramé avant d'être le dandy en repetto qui se caricaturait lui-même tout en ayant des éclairs de génie (presque) jusqu'à la fin.

Beau spectacle, surprenant et admiratif juste ce qu'il faut. "Gainsbourg confidentiel" rendait justice à l'auteur du "Requiem pour un con" en démontrant que, s'il était quelquefois parasité par le chanteur, l'auteur-compositeur méritait largement sa ferveur post-mortem.

 

* quelques exemples de titres sans intérêt: "Des vents, des pets des poums", "Paméla Popo", "Sea, sex and sun", "l'ami-Caouette", "You're under arrest", "Bubble-gum" etc.

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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 07:00

Dans la vie "normale" on ne vous fait guère de compliments. On n'en fait encore moins dans la vie professionnelle; partant du principe que si "on ne vous dit rien" c'est que vous faites ce pour quoi vous êtes (grassement) payé.

Il n'y a que dans les médias que les compliments saturent l'espace. J'ai dit deux mots ici de Claire Chazal qui ensevelit sous les superlatifs exprimant la qualité ses invités qu'ils soient plombier ou charcutier. On frémit à ce qu'elle dirait si elle recevait Pierre Soulages! le pauvre agoniserait sous les fleurs et les compliments. Ou plutôt non, car qu'elle que soit le domaine d'activité et les qualités professionnelles du "people" qu'elle a en face d'elle elle se pâme d'admiration.

Elle n'est pas la seule et son voisin de chaîne, Pierre Lescure, manie la brosse à reluire avec un soin admirable.

Prenez Francis Cabrel qui faisait son petit tour des médias à l'occasion de la sortie de son nouveau disque que tout le monde s'accorde à trouver magnifique, éblouissant, génial, splendide, exceptionnel, fabuleux et remarquable.

Le garçon, qui semble naturellement modeste et conscient de ses limites rougissait devant l'avalanche de propos laudatifs à son égard et à celui de sa dernière œuvre. Et il n'avait pas tort car sa chanson-hommage à son père était... comment dire? un peu cucul. un brin niaise. A côté de la plaque.

Ce qui n'a pas empêché les tâcherons de la télévision de hurler au génie en employant des mots qui eussent fait rougir Léo Ferré. 

Et Cabrel est loin d'être un imposteur comme tant d'autres le sont.

Ces passages de la critique en mode admiration éperdue ont le don de m'énerver. Si on porte aux nues des ouvrages certes convenables mais guère plus c'est qu'on encense en douce des daubes indignes à longueur de chroniques et qu'on feint de trouver drôle un crétin pathétique comme Philippe Katherine et qu'on s'obstine à trouver des qualités au jeu d'actrice de l'ectoplasmique Charlotte Gainsbourg!

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 07:00

J'avais lu avec plaisir et intérêt quelques uns de ses livres précédents. "La classe de neige" ne m'avait pas convaincu et "l'adversaire" moins encore.

Eric m'avait convaincu de lire "Limonov" ce que j'ai fait avec plus d'enthousiasme et d'intérêt que pour les livres précédents. "Limonov" est plus "neutre" en ce qu'il ne dévoile pas des pans entiers de la personnalité de celui qui écrit, de ses états d'âme et de son mal-être. Le personnage de Limonov est "énaurme" et permet à Carrère de se cacher derrière. C'est du moins ainsi que je l'ai compris.

Je n'ai rien, je dirais même "au contraire" contre les auteurs qui se dévoilent page après pages mais j'aime le savoir avant. J'admire celles et ceux qui n'hésitent pas à se découvrir et à parler aussi bien de leur soif de conquêtes que de leur "herpès à la bite" (sic). Entendez par là que je suis trop corseté par mon éducation et mes réserves personnelles et que je suis incapable de décrire pensées ou actes trop personnels. Lorsque je le fais le texte qui en résulte est effacé rapidement. Trop complaisant, inintéressant.

Carrère (comme Houellebecq et tant d'autres) n'a pas de ces pudeurs. Il décrit admirablement ce qu'il ressent, que ce soit le désespoir ou la félicité sexuelle d'une position longuement décrite. Il ne nous transforme pas pour autant en voyeurs parce que l'utilité de ces pages autobiographiques est évidente.

Dans "Yoga", le livre dont tout le monde parle, l'auteur nous livre son analyse de lui-même sans fioritures excessives, sans complaisance et surtout sans enjoliver la  réalité.

Pourtant le même se reconnaît du talent littéraire et n'est pas insensible à une critique américaine dans laquelle il trouve attachant un portrait de lui-même sans concession.

Le charme de "Yoga" vient de ces changements de rythme, ces passages du coq à l'âne, ces relevés de sentiments personnels et ces descriptions de soi et de ce que l'auteur vit et fait. A cet égard le passage des obsèques du possible ami Bernard est superbe.

Le "reportage" en Irak est une jolie transition vers la partie plus sombre du récit.

Mettant l'écrivain et l'art de bien écrire très haut je constate en lisant un tel livre que je suis aussi incapable d'écrire de la fiction que de l'introspection. Et j'ai donc une sorte de reconnaissance pour ceux qui le font et qui m'éclairent ainsi sur moi-même.

"Yoga" est un livre déroutant mais qu'on a envie et besoin de terminer. Il est constitué de réflexions autour de la méditation et de digressions tous azimuts. L'auteur Emmanuel Carrère est un observateur critique d'un milieu "bobo" mais attachant auquel il appartient sans le revendiquer. Il parsème son livre de réflexions d'autant plus justes qu' amusantes ("Cabu et Wolinski avaient tous les deux plus de quatre-vingt ans") et donne des exemples pertinents de certains travers de nos contemporains, adeptes du yoga compris.

 

 

 

 

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