Ce qui est déroutant c'est la rapidité avec laquelle l'information nous parvient. A peine connue elle est disséquée, expliquée et commentée et tous les supports la détaillent. Importante ou dérisoire elle est disséquée et essorée puis on passe à autre chose.
Ce mercredi, sur France Inter il a été question d'un marathonien qui a fait les trois quarts de sa course le sexe à l'air, sorti de son short sans, apparemment, que le coureur ne s'en soit rendu compte.
C'est le genre de banalité sur laquelle fondent les humoristes et qui passent en boucle sur les réseaux sociaux, qu'on entend sur les ondes des radios et que diffusent les télévisions avides de ce genre de faits étonnants et anecdotiques. Il y a, on le sent en l'entendant la première fois, matière à ricanements et l'on sent toutes les plaisanteries à venir dès lors que les comiques de télévision et autres s'empareront de l'affaire.
Comme dans le texte de Beaumarchais sur la calomnie* l'existence de ce document filmé sur lequel un coureur à pied ne se rend pas compte que son zizi ballote aux avant-postes on en parle une fois, en passant puis on en parle plus et enfin on en parle partout.
Ce pauvre sportif verra jusqu'à sa mort cette infortune gênante sur des photographies ou dans des "bêtisiers" . Cette fois c'est un zizi aperçu qui va déclencher la cohue médiatique une autre ce sera un nageur qui fera, en piscine, un départ maladroit sur son plongeoir devant le Président Macron. Qu'importe le sujet du moment qu'il peut être exploité dans des "talk-shows" où le rire gras est suscité par n'importe quel moyen.
* Remplacez le mot calomnie par ridicule et voyez comme ce texte reste d'actualité.
"La calomnie, monsieur ! vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j’ai vu les plus honnêtes gens près d’en être accablés. Croyez qu’il n’y a pas de plate méchanceté, pas d’horreurs, pas de conte absurde, qu’on ne fasse adopter aux oisifs d’une grande ville en s’y prenant bien : et nous avons ici des gens d’une adresse !… D’abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l’orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l’oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et, rinforzando de bouche en bouche, il va le diable ; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s’enfler, grandir à vue d’œil. Elle s’élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?"
