Bien que légèrement handicapé depuis la récente opération de mon genou gauche j'arrive, avec une chaise de jardin ou une béquille à m'occuper de notre "jardin partagé" qui est à 6 kilomètres de l'appartement et qu'on peut rejoindre par vélo, bus, à pied et en voiture. C'est ce dernier mode de transport que nous utilisons actuellement, cela va de soi.
Nos 200 m² sont magnifiques et nous passons à les embellir, de très bons moments. Le jardin est situé dans une courbe de la Garonne où la terre est exceptionnelle. On oublierait un râteau, une bêche ou une pelle que des bourgeons leur pousseraient sur le manche!
Contrairement à la plupart des autres jardiniers d'occasion nous ne sommes pas "productivistes": nous avons naturellement planté des légumes et des fruits mais aussi des plantes et des fleurs. Nous récoltons les deux avec autant de plaisir.
La première année (juste après le confinement du Covid) nos plantations ont été victimes de lapins. Ces derniers n'étaient pas crétins mais sacrément gourmands. La deuxième année nous avons eu des doryphores, la troisième rien, la quatrième des taupes, une véritable invasion souterraine et cette année nous passons aux mammifères d'un certain poids avec des sangliers. L'année prochaine nous aurons probablement des girafes.
Parce que nous les avons fait naître et grandir; nos produits nous semblent excellents (en tous cas bien meilleurs que ceux du commerce). Et c'est un fait: nos groseilles, nos framboises et nos fraises sont des merveilles (que nous disputons avec les limaces).
J'étais un béotien en matière de jardin mais j'ai rattrapé mon retard. Seul regret: j'ai une fâcheuse tendance à mettre les pieds là où il ne faut pas et à écraser les pastèques qu'on a faites pousser à partir de graines ramenées de Crète ou les jeunes pousses les plus fragiles. C'est mon complexe de l'éléphant dans un couloir. Et n'oubliez pas que j'ai deux pattes de plus (les béquilles) pour ravager les plantations avec un maximum de dégâts.
Au début mes habits improvisés de jardinier et mon maniement des outils de jardin, je le voyais bien mais feignais de ne pas le voir, attiraient les (sou)rires amusés des jardiniers expérimentés. Nos propos ("on veut se débarrasser des taupes mais sans les tuer"*) et nos idées (je verrais bien ici quelques pavots de Californie**) avaient sans doute de quoi amuser les jardiniers expérimentés qui nous entourent.
Mais maintenant ils viennent nous demander comment nous faisons pour avoir de si belles fleurs ou des fraises si sucrées tout en tournant un compliment qu'ils veulent mesuré!
* Il faut planter un bâton dans le sol et y mettre une bouteille pastique au sommet. Les vibrations causées par le vent chassent les bestioles souterraines.
** C'est une fleur orange vif qui ne pousse que quand elle en a envie mais qui, une fois acclimatée s'invite partout. Le soir elle se referme pour passer la nuit.
