En ce moment je ne parviens plus à lire de romans et j'ai une très nette préférence pour des livres de voyages, d'équipée, de vie sauvage et d'aventures vécues.
Les bibliothèques et les librairies mettent à part les livres ressortant de ce genre remis au gout du jour avec ceux qu'écrit Sylvain Tesson par exemple.
Sur l'eau, sur la glace, dans les forêts, dans les jungles et en montagne tous ces récits de voyages vécus sont passionnants par l'expérience qu'ils permettent sinon de partager du moins d'approcher.
Il est pratiquement impossible de ne pas se mettre à la place de celui qui écrit et on repose leurs livres de temps en temps comme pour souffler, tant l'identification est forte et qu'on a l'impression d'être sur le chemin, dans le bateau ou sur le glacier avec celui qui raconte ce que c'est.
Les aventuriers lisent beaucoup eux-mêmes et vont parfois sur les traces de leurs devanciers. Ils nous permettent de connaître d'autres aventures, d'autres récits et d'autres livres pour satisfaire une soif jamais éteinte.
Geoffrey Moorhouse veut vaincre son démon intérieur: la peur. Pour ça il traversera à pied le Sahara d'Ouest en Est en 1972. Il n'y parviendra pas mais connaîtra une équipée terrible alternant les difficultés physiques et morales, les réflexions intérieures, les déconvenues, les dangers et la peur qu'il était aller affronter en face à face.
Ses rapports avec les autres humains sont très décevants (les hommes avec lesquels il voyage comme ceux qu'ils rencontrent ne sont pas coopératifs ni encore moins désintéressés.
Il connaîtra la chaleur extrême, les malaises de toutes sortes, les poux, les serpents, les scorpions et devra se faire à la conduite de ces animaux répugnants que sont chameaux et dromadaires.
Par dessus tout il verra qu'on le prend, du fait de ses origines et de sa couleur de peau, exclusivement comme une victime à "plumer", à voler et à maltraiter. Il y a des pages involontairement drôles qui concernent ses achats de toutes sortes, montures comprises.
Le livre ne donne pas une image positive de l'humanité d'Afrique noire et blanche et décrit sans les masquer les tentatives de vol et d'abus auxquelles il a dû faire face.
La condition féminine (nous sommes en 1972) est un esclavage absolu .
Moorhouse réfléchit et ses réflexions sont fortes parce que frottées à la réalité la plus crue, la plus sauvage, la plus dépouillée d'artifices..
Au fur et à mesure de l'avancement dans la lecture de ce petit livre je me disais que j'étais incapable de faire untel périple. La soif, la crasse, les poux, les maladies, les rapports brutaux, les vols et les mensonges me feraient abandonner bien avant Tombouctou, ville dont la description ne donne guère envie d'aller y faire un tour!
Geoffrey Moorhouse "Jusqu'au bout de la peur" Points Aventure 1992.
