Lorsque je suis rentré de la chorale, ce mercredi après les galettes des rois industrielles et le Proseco tiède Françoise était lovée sur le canapé et regardait la télévision. Un documentaire sur l'ignoble affaire d'Outreau, une sordide histoire de parents pédophiles qui accusèrent des innocents de participer à leurs dérèglements. Le documentaire était, comme tout l'est désormais, découpé en tranches de 50 minutes appelés épisodes le tout inséré dans une série elle-même divisée en saisons. On ne faisait pas tant de manières à l'ORTF quand on diffusait "les Saintes Chéries"...
Les protagonistes de l'affaire, qui a plus de vingt ans, étaient interrogés et des comédiens rejouaient les scènes les plus marquantes de cette épouvantable fait-divers. Il y avait là un huissier de justice, un prêtre-ouvrier, des agriculteurs fauchés qui furent comme happés par cette folle enquête qui déboucha sur ce qui est considéré comme une des plus grandes erreurs judiciaires. Le juge étant complètement seul à prendre des décisions aberrantes, et la femme à l'origine de tout étant crue alors qu'elle divaguait manifestement. Le juge faisait froid dans le dos par sa raideur et son incapacité à se remettre en cause. Un homme, accusé injustement, est mort en prison à cause de cette attitude hautaine et méprisante du juge.
Bien que légèrement démonstrative et nettement voyeuse la série démontait le mécanisme qui conduisit des innocents en prison sur la base d'accusations terribles mais fausses qui ne furent pas suffisamment vérifiées, le juge et les responsables du tribunal voulant faire vite et exemplaire. Il faut dire que comme dans l'affaire de Bruay en Artois (là c'était un notaire) avoir un huissier et un prêtre comme coupables titillait ce monde judiciaire et policier victime de ses à priori.
Les accusés racontèrent leur chemin de croix et l'on devinait la douleur, l'incompréhension, l'abattement et la tentation de renoncement qui les anima pendant ces longs mois où ils vécurent l'enfer.
Je n'ai regardé qu'un épisode et n'ai donc pas vu si le rôle néfaste (pour rester sobre) de la presse, régionale comme nationale était montré. Je me souvenais vaguement de cette affaire au fort retentissement car elle était exemplaire de l'emballement médiatique et de l'attirance des médias pour tout ce qui est glauque. (que l'on se rappelle de "l'affaire Grégory" par exemple).
Les accusés acquittés semblaient encore bien amers, des années après leur éprouvante mise en cause. On sentait les vies gâchées, piétinées, détruites qu'aucun dédommagement ne pouvait évidemment faire oublier. Ces mois pendant lesquels ils étaient considérés comme des salauds abusant de jeunes enfants.
L'affaire d'Outreau, au départ, concernait des abus sexuels d'enfants par leurs propres parents. Il y avait donc bien un crime et des criminels. Dommage que la justice se soit fourvoyée en écoutant les divagations d'une mère dénaturée au lieu de mener une vraie enquête.
L'un des fils de la détraquée à l'origine de tout faisait de la peine, 16 ans après les faits, tant on sentait que pour lui l'affaire était encore son quotidien.
