Cette nuit, alors que j'absorbe doucement les difficultés du décalage horaire, je suis allé au salon et j'ai été hypnotisé par un document exceptionnel et incroyable. 52 minutes qui m'ont semblées n'en constituer qu'une seule tant j'étais captivé. (Netflix)
Je n'ai pas retenu le nom de l'homme qui expliquait les arcanes de son métier ni même de quel pays il venait. Je pense qu'il était Britannique mais ai un doute. (je n'ai pas reconnu les beaux cimetières jardins de Grande Bretagne)
Son métier? ordonnateur de pompes funèbres. Il expliquait toutes les tâches de sa fonction et une ou plusieurs caméras les filmaient concomitamment. Je m'étais interrogé sur la mort, la décomposition, le "formol", le maquillage, l'habillage, la présentation du défunt à sa famille et à ses relations, la crémation, le broyage des os etc. toutes choses que notre société a remisé loin du quotidien et auxquelles on ne pense qu'en cas d'urgence, lorsque la mort frappe près de soi.
J'avais lu "la ferme des corps" (Bill Bass) qui expliquait heure par heure et jour par jour le processus de décomposition en extérieur. Cela restait difficile à concevoir. Le document d'hier soir était extrêmement clair et "cru". Un homme atteint de cancers multiples avait accepté de témoigner avant sa mort et d'être filmé post mortem pour que l'on comprenne bien les premières étapes du retour à la matière. Je ne sais ce qui était le plus impressionnant des explications ou des images.
Cet homme, sous le maquillage et la préparation paraissait bien décédé et ailleurs mais apaisé, beau. Le sens vrai de "dépouille mortelle" était démontré.
Maintenant que l'éventualité de disparaître à échéance plus très lointaine s'affirme, voir ce qui arrive vraiment à "l'enveloppe charnelle" m'a, je crois, rassuré et même "préparé". Ce n'est que ça!
Même le côté commercial du traitement des morts m'a étonné par sa sobriété: à tout service (et quel service!) il faut sa juste rémunération. Et le traitement des morts n'est pas le service le plus facile à exécuter.
Enfin une phrase, dite sans avoir à insister, m'a cueilli à froid: "nous travaillons tous les jours, la mort ne s'arrête ni pour les vacances ni pour les week-ends."
Nous n'y songeons pas. Pas suffisament.
